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Le bandit est enfin abattu dans son repaire. Mais pour venir à bout de Zeïd et de sa bande il fallut incendier le bordj où ils se terraient.

L’arrestation de Saïd ou Ahmed dit « Ou Tararout », à Assaoul, fut le premier succès remporté par l’autorité contre la bande de Zeïd ou Ahmed, depuis près de vingt mois que les coupeurs de route mettaient en coupe réglée toute la région de Todhra. On ne tenait pas encore le principal coupable, mais un de ses principaux lieutenants et en procédant avec habilité, les autorités avaient la conviction qu’elles ne tarderaient pas à avoir le dernier mot dans cette sinistre affaire qui n’avait que trop duré.

C’est bien ainsi d’ailleurs que les choses se passèrent. Habilement cuisiné Saïd Ou Tararout désigna le ksar des Aït Chaïb (…) comme étant celui où il avait séjourné en compagnie de Zeïd ou Ahmed. Il désigna ensuite un à un tous les complices du bandit répartis un peu partout dans les ksours de la région de Todhra et jusque dans le djebel Sagho. C’était là autant d’amis sûrs qui l’aidaient dans sa sinistre tâche et lui donnaient asile lorsqu’il était menacé par ses poursuivants. Enfin, ils étaient autant d’indicateurs pour le renseigner sur les coups de main à entreprendre.

Une indication précieuse :

On apprit encore que Zeïd ou Ahmed et son principal lieutenant Moha Ou Hammou avaient l’intention de passer le prochain Aïd Kébir chez un de leurs amis à Tadafalt. L’indication était précieuse, mais il était un peu délicat de mobiliser tous nos partisans un jour de fête comme l’Aïd Kébir. Aussi fut-il décidé qu’on attendrait le lendemain pour tenter des deux chenapans. Mais à la suite des interrogatoires que l’on a fit subir aux diverses personnes ayant approché le chef de la bande, on apprit que Zeïd devrait être ce jour là à Tadafalt N’Illelchan.

On mobilisa donc tous les supplétifs de Tinerhir et le 5 mars au petit jour, le ksar fut encerclé très étroitement car le bandit devait tomber coûte que coûte entre nos mains et, cette fois, il ne fallait pas le laisser échapper.

Le chef du ksar, qui était Hadj Hasso Ou Ba Sellam, le chef valeureux qui tint tête très héroïquement à nos troupes dans les derniers combats de la dissidence au Bou-Gaffer, dans le djebel Sagho, fut immédiatement convoqué. Il déclara qu’aucun homme correspondant au signalement du bandit ou de son complice principal n’habitait le ksar. Mais il indique qu’un personnage correspondant au signalement de l’intéressé habitait effectivement à Tadafalt. On pouvait avoir entière confiance dans les dires de Hadj Hasso Ou Ba Sellam qui, après avoir été notre adversaire le plus coriace, était aujourd’hui notre allié loyal.

Le dispositif d’attaque se déplaça donc immédiatement sur Tadafalt, situé à peu de distance de Taghia N’Illelchan dans le bas Todhra. Un peu avant 8h du matin, Tadafalt était encerclé et cette fois on était bien sur la bonne piste. Si l’on avait eu besoin d’une preuve, la vive fusillade qui éclate dès l’investissement du ksar l’aurait fournie… Les forces supplétives auxquelles s’étaient joints deux pelotons de la légion étrangère, ayant vu le bordj d’où partaient les coups de feu, se dirigèrent vers ce point et l’attaquèrent à la grenade. Mais, les bandits qui l’occupaient entendaient défendre chèrement leur peau et ils ne cessaient de tirailler contre tous ceux qu’ils apercevaient de leur position dominante.

A l’assaut du bordj

Trois moghaznis avaient payé de leur vie leur courageuse attitude pour atteindre le bordj et il convenait de procéder de telle sorte que l’on ne paie pas d’un prix démesuré la capture des bandits. Aussi décide-t-on d’incendier le bordj. Quelques bidons d’essence furent réunis et l’on y mit le feu. De longues flammes léchèrent les murs et bientôt après, aucun coup de feu ne parvenait du repaire, on pénétra à l’intérieur. Là, Zeïd ou Ahmed, le roi des djicheurs, gisait abattu par une balle qu’il avait reçue en plein front. Un de ses complices, nommé Moha Ou Ali, tomba de la tour du bordj et se tua. Un troisième gisait mort dans une pièce et enfin, le quatrième occupant Ou Tana, fit une suprême tentative pour prendre la fuite, mais il fut abattu d’un coup de fusil. Il était midi trente et le nettoyage du bordj et de ses abords avait duré cinq heures.

Les forces de l’ordre avaient enfin réussi à capturer toute la bande dont les membres étaient morts ou vivants. De nombreuses arrestations de complices eurent lieu car dès la mort de Zeïd, les langues commencèrent à se délier et il fut possible de connaître le nom de tous ceux qui avaient participé à ses crimes ou qui s’étaient fait leurs complices. Enfin, de nombreuses armes furent récupérées au cours de ces opérations.

Depuis la fin de Zeïd ou Ahmed et de ses complices, le calme le plus absolu ne cesse de régner sur la vallée de Todhra, une des plus riantes régions de notre beau sud marocain. Les populations des palmeraies comme celles de la montagne travaillent paisiblement et connaissent enfin une sécurité totale. Elles ne craignent plus ni les razzia des nomades sahariens, ni les coups de main des bandits, ni les convoitises des populations voisines. L’insécurité dont la forme même des ksours prouve assez qu’elle était l’état endémique de cette région a pris fin et la paix française règne, que rien ne vient désormais troubler.

La fin d’une folle aventure :

Ainsi se termine la folle aventure de Zeïd ou Ahmed dont la formule de banditisme se rapprochait de celle de la bande à Bonnot, qui mit en émoi toute la France en 1912. A ceci près que ceux que l’on nomme « les bandits en auto » étaient motorisés et opéraient dans les villes, tandis que Zeïd et les siens se déplaçaient à pied et opéraient dans les palmeraies ou en montagne. Les uns comme les autres étaient des « hors-la-loi» ayant déclaré une guerre sans merci à la société et à ses défenseurs pour vivre dans un individualisme exacerbé dont les caractéristiques étaient de vivre sur le dos d’autrui, sans travailler et avec un mépris absolu de la vie humaine.

De telles révoltes contre la société sont vouées à l’échec rapide. Et la fin de la bande à Bonnot comme celle de Zeïd et de ses complices en furent l’éclatante démonstration.

Raymond Lauriac
FIN

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