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Ces trois articles ont été publiés en mars 1936 après la mort de Zayd U-Hmad par le quotidien « La Vigie marocaine ». La série a été intitulée : « Zeïd, roi des djicheurs ». Aucune modification n’a été introduite sur ces articles.

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Six nouveaux coups de main des « hors-la-loi » du Todhra… qui malgré toutes les recherches restent insaisissables.

Les trois attaques à main armée auxquelles Zeïd Ou Ahmed et ses complices s’étaient livrés à environ un mois d’intervalle, avaient suscité une émotion assez vive dans la région de Todhra. Cependant, de tels faits n’étaient point très surprenants, car, en réalité, Tinerhir, qui est au centre de la vallée, n’était occupée que depuis le 18 février 1933 et nous n’assurions donc l’ordre que depuis un an dans ces parages difficiles, bordés au nord par les sommets très escarpés du Grand Atlas et au sud par le relief chaotique du Djebel Sagho. Or, ces deux massifs offraient des ressources idéales pour les embuscades.

D’autre part, nos troupes avaient de multiples taches à assumer, car, tout en surveillant les ksours pour les protéger contre les actes de banditisme, elles n’en devaient pas moins assurer leur tâche de pacification dans les régions voisines. Ainsi, tandis que se déroulaient les événements relatés dans ces articles, les troupes de Tinerhir participaient à une actions destinée à couvrir le groupe mobile marchant sur l’oasis de Tazzarine, tout en luttant dans le haut Todhra contre un groupe de dissidents établis au col de Tinezraï, au nord de Tinrhir. Par ailleurs, le gros de nos forces s’employait à réduire la dissidence du djebel Sagho dirigée par Hadj Hasso Ou Ba Sellam. Pour faire face à ces tâches multiples, nos forces devaient se livrer à de continuels déplacements impliquant de nombreuses difficultés de ravitaillement et comportant des dangers d’attaque de convois.

Une embuscade pour rien

Pourtant, il devenait nécessaire d’infliger une sévère punition à Zeïd et à ses complices et de mettre un terme à leurs exploits. A cet effet, un groupe de la fezza de Tinrhir leur tendit une embuscade nocturne à Talaïnt-Moulay-Ali. Ayant appris que les bandits se trouvaient dans les parages, on simula une corvée débonnaire qui était en réalité un groupe d’askris fortement armés. Comme on l’avait prévu, Zeïd et sa bande attaquèrent la corvée, mais ce fut le tir des askris qui leur répondit. Malheureusement, dans la nuit, le tir fut mal ajusté et les trois malandrins, poursuivis par les askris, parvinrent à s’enfuir à la faveur des ténèbres. Mais, ils durent avoir chaud, car, dans leur fuite précipitée, ils laissèrent tomber la montre-bracelet volée sur la dépouille mortelle du lieutenant Phillippon, tué à Assel, le 26 juin 1934, et le bidon d’un des légionnaires tués le 11 juin dans l’attaque de l’araba sur la piste de N’Tisgui.

Un mois plus tard, nouvelle attaque sur le campement d’un détachement envoyé en reconnaissance dans le col du Timesraï, à 10 kilomètres au nord de Tinerhir, au delà des gorges. Comme dans la plupart des coups de main précédents, les bandits ont choisi la tombée de la nuit pour perpétrer leur coup. Et, à la faveur de l’obscurité, ils parviennent encore une fois à échapper à la poursuite, non sans avoir abattu l’un de nos partisans et blessé deux chevaux.

Dans les premiers jours de décembre 1934, dans les mêmes parages, des coups de feu sont tirés sur la garnison de la tour de garde d’Ouaoukouden, non loin d’une source située dans un ravin très escarpé. Cette fois, l’attaque a lieu en plein après-midi et on donna immédiatement l’alerte. Des patrouilles ont détachées vers le lieu où l’attaque s’est produite et elles trouvent un askri tué et deux de ses camarades blessés, baignant dans leur sang. L’emplacement d’où les bandits avaient tiré était si escarpé (…) eu le temps de gagner leur repaire avant que les patrouilles aient escaladé les rochers.

 Un groupe extrêmement mobile

Voici déjà sept mois que Zeïd et ses hommes tiennent la campagne, opérant parfois à deux, à trois ou à quatre personnages. Lesquels ne sont pas toujours les mêmes. Certains lui indiquent les coups à entreprendre, y participent avec lui, puis regagnent leurs ksar en attendant que l’effervescence s’apaise, tandis que Zeïd quitte l’endroit et va poursuivre ailleurs ses exploits, avec beaucoup d’autres complices. La crainte que les bandits inspiraient aux gens faisait taire les langues et leur grande mobilité rendait les mesures de défense inefficaces.

C’est ainsi que, le 27 janvier 1935, le sergent chef Cristanti qui, accompagné de deux hommes précédait le détachement qu’il commandait, avait à peine parcouru quelque centaines de mètres, lorsqu’à la sortie des gorges il fut foudroyé d’un coup de fusil. Le détachement, le premier moment de surprise passé, se lança à la poursuite des bandits, mais ceux-ci réusssirent encore une fois à échapper en se dissimulant dans les rochers.

Quelques mois plus tard, le 17 août 1935, Zeïd et deux de ses hommes de main attaquèrent trois indigènes qui revenaient avec les bourricots de Timatriouine. L’attaque eut lieu en fin de journée, non loin de la tour de garde de l’Ourf entre Tinrhir et Foum-el-Kous sur la piste de Tinrhir à Boulmane. Sous la menace des fusils, les trois indigènes et leurs montures durent se rendre à l’écart de la piste et là, ils furent dépouillés de tout ce qu’ils possédaient, y compris leurs vêtements. Puis, quand la nuit fut venue, les bandits leur redirent la liberté.

Cinq jours plus tard, le cheik Embarek Ou Bouazza, des Aït Ouritane, à l’entrée des gorges Todhra, accompagné d’un de ses amis, parcourait le ravin de Dounab, lorsqu’ils tombèrent dans une embuscade qui leur fut tendue. Le cheik et son compagnon furent tués, dépouillés, et leurs armes et munitions leur furent enlevées.

Zeïd et ses complices, paraissent assurés de l’impunité la plus complète, puisque, cette fois encore, malgré toutes les recherches, on ne parvient pas à les arrêter.

Mais, tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin elle se casse…

Raymond Lauriac

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