Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,


Zaïd Ou Hsaïn Ou Skounti est né vers 1890 à Taskountit dans l’Ighfaman, cercle d’Amellago dans le Haut-Atlas oriental. Il appartient à une des grandes familles nomades du lignage des Iâchaqen, de la sous-fraction des Aït Taleb, fraction des Aït Aïssa Izem, tribu des Aït Merghad, confédération des Aït Yafelman.

Zaïd Ou Skounti (1890-1943)

Très jeune, Zaïd Ou Skounti rêvait déjà d’être cavalier et guerrier. Son rêve ne tarda pas à se réaliser puisqu’il accompagne son père et l’ensemble des résistants pour combattre l’armée coloniale française aux portes de Boudenib en 1908. Son père l’envoie pour un temps s’instruire chez le caïd Moha Ou Assou à Midelt. Il y voit défiler des personnalités et des notables locaux et prend connaissance des évènements politiques qui agitent la région et l’ensemble du pays au moment où il est confronté aux appétits coloniaux.
Zaïd Ou Skounti épouse deux femmes : Itto Hammou des nomades Aït Aïssa Izem et Aïcha Oussou de Tadighoust. Il participe à l’ensemble des combats livrés par les résistants à l’armée coloniale française dont notamment:
– Le combat de Boudenib, 1908 ;
– les combats du Tafilalet, 1918-1919 ;
– les combats du Todgha, 1918-1919 ;
– les combats d’Aït Yaâqoub et Tounfit, 1929-1930 ;
– le combat de Tarda, 1930 ;
– le combat de Tazegzaout, 1932 ;
– le combat de Serdrar, 1932.
Au début des années 1930, Zaïd Ou Skounti devient l’un des chefs de résistance les plus influents de l’ensemble du Sud-est du Maroc aux côtés de Ali Ou Termoun, Moha Arji, les frères Sidi Ahmed et Sidi Tayebi, entre autres. Il est blessé au combat de Tirga en juin 1933. En juillet 1933, il s’illustre aux combats de Tizi n Oughroum. En août de la même année, il refuse les négociations qui lui sont proposées par les autorités françaises. Les Aït Merghad conduits par Ou Skounti auxquels se joignent d’autres combattants issus des populations du Sud-est se dirigent vers le djebel Baddou (2921 m) qui devient l’épicentre de la résistance. Les combattants se retranchent sur les flancs de la montagne et font la cible de l’artillerie lourde et des bombardements de l’aviation suivant un plan militaire élaboré par pas moins de quatre généraux. Après d’âpres combats au cours desquels il y’eut des centaines de morts, des milliers de têtes de cheptel tués, Ou Skounti est blessé au visage et les résistants ne peuvent plus s’approvisionner en eau et leurs réserves sont épuisées. A sa descente du Baddou, Zaïd Ou Skounti est reçu le 29 août 1933 par Général Giraud à Assoul.

Il est d’abord placé en résidence surveillée à Tadighoust de 1933 à 1937. Sous la pression de membres influents de la fraction des Aït Aïssa Izem, envoyés à lui par les français, il accepte de devenir Caïd du Cercle des Aït Merghad d’Assoul. Il s’établit à Timatdite à 5 km d’Assoul. Il occupe le poste de caïd jusqu’à son décès tragique le 10 juillet 1943 dans un accident lors d’une partie de chasse sur les hauteurs du village d’Aït Brahim dans la vallée moyenne de l’oued Ghéris à laquelle un ami à lui l’avait invité.

Lorsque Ou Skounti descendit du Baddou, les français lui ont proposé de se refaire les dents qu’il a perdues au combat. Il répondit : « les dents servent à sourire. Q auoi sert le sourire maintenant que nous sommes vaincus? ». A la question d’un journaliste qui lui demanda : « pourquoi avez-vous combattu les français ? », Ou Skounti répondit : « je l’ai fait pour mon pays ; nous voulions faire sortir les occupants de notre pays ».

Quelques références bibliographiques:

ANONYME, s.d., La Pacification de l’Atlas Central, , 6 tomes, Paris : Service Historique des Armées, Dossier 3 H 312 (ouvrage dactylographié).

KHETTOUCH, M. A., 1991, Azour Amokrane ne meurt jamais (roman), Casablanca : Agence de Presse et d’Information.

GUILLAUME, A., 1946, Les Berbères marocains et la Pacification de l’Atlas central (1912-1934), Paris : R. Julliard.

HURE, Général, 1952, La Pacification du Maroc (1931-1934), Paris : Berger-Levrault.

HENRY, Capitaine R., 1937, Une tribu de transhumants du Grand Atlas, Mémoire du CHEAM, n° 147.

SKOUNTI, Ahmed, 1995, Le sang et le sol. Les implications socioculturelles de la sédentarisation. Cas des nomades Ayt Merghad, thèse de Doctorat, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris.

VOINOT, L., 1939    Sur les Traces glorieuses des Pacificateurs du Maroc, Paris : Ch. Lavauzelle.

Par : Ahmed Skounti

(Article publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. Merci encore Mr Skounti.)


Publicités