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Nous publions ci-après le témoignage inédit du Docteur Serre avec l’aimable autorisation de Mr. Francis Boulbés (N’hésitez pas à visiter son site), auquel Mme Jacqueline Serre, veuve du médecin, a confié ce document d’une grande importance historique. Docteur Serre est arrivé au Maroc pour effectuer son service militaire en 1931, il y restera jusqu’à «l’indépendance». Le Docteur avait fondé entre autres l’hôpital de Khénifra dans le Moyen Atlas. Il raconte dans ce témoignage la terrible bataille de Tazegzawt (prononcé aussi : Tazizaout), Haut Atlas Oriental, en 1932. Récit : 

Tazegzawt

Nommé médecin d’un bataillon de Tirailleurs Algériens pour la phase finale des opérations, je rejoins cette unité au Tizi n’Ighil, prolongement ouest de l’Ighil ou Abari, à près de 3.000m d’altitude, le 20 août 1932.

Jusque là, nous ne nous sommes heurtés qu’à des éléments locaux ; il ne va plus en être de même car nous aurons affaire, non seulement aux tribus voisines, mais aussi à la masse des irréductibles, qui depuis seize ans recule devant nous, refusant de se soumettre. Ils appartiennent à toutes les tribus du Moyen Atlas. On dit qu’ils sont vingt mille, puissamment armés, pourvus de beaucoup de munitions, et résolus.

Ils se sont réfugiés dans le massif boisé du Tazigzaout, en face de nous, de l’autre côté de la vallée de l’oued Agheddou, dont nous occupons le sommet du versant nord, et dans les vallées qui convergent à son extrémité ouest. Au-delà, vers le sud, c’est le plateau des lacs, à 3.000m d’altitude : de la pierraille, pas un arbre, une herbe rare. Au-delà encore, en dehors des rives des oueds, ce ne sont que pentes arides, sans pâturages ni cultures, puis vient le désert. La forêt et les bons pâturages se terminent sous nos yeux, sur les pentes du Tazigzaout. Les dissidents ne peuvent aller plus loin.
Nous dominons un paysage alpestre, tourmenté, fait de gorges, de croupes, de ravines, de sommets aigus et boisé de cèdres et de chênes verts.
Les troupes de notre groupement se rassemblent sur le plateau de Tamedarkane, protubérance ouest du Tizi n’Ighil. Cette fois, il s’agit d’une opération importante qui mettra en ligne deux groupements de la Région de Meknès et ceux du Territoire du Tadla. Les partisans qui coopèrent avec les forces régulières du Tadla sont les Zaïan, guerriers redoutables. Le caïd Amaroq les commande. Nous devons achever d’encercler les dissidents et les forcer à se soumettre.

Tombe d’un résistant sur le mont de Tazegzawt, Photo : Michael Peyron

Le premier groupement de la Région de Meknès, sous les ordres du colonel Richert, fort de trois bataillons, vient de prendre pied, sans coup férir, sur la falaise qui couronne le Tazigzaout. Les trois goums de Tounfite, commandés par le capitaine Parlange, les tirailleurs algériens et une batterie d’artillerie constitueront l’avant-garde du nôtre. Deux autres bataillons nous suivront.

Le Tamederkane est une série de plateaux étagés, coupés de gorges, qui se termine au sud-ouest, à Tazra, par un rocher vertical, au-dessus du confluent de l’oued Agheddou et d’autres petits torrents, devant l’extrémité du Tazigzaout. Ce sera notre objectif. Pour y parvenir, il faudra décrire un grand arc de cercle, dans un terrain accidenté et boisé.

De notre campement, nous voyons à la jumelle ce qui se passe sur l’autre versant, chez les dissidents. Leurs troupeaux sont nombreux. Nous en comptons au moins quarante qui paissent sur un plateau dénudé. Il y a des chameaux, des chevaux, des vaches et beaucoup de moutons. Sur une croupe se tient un aréopage d’une centaine d’hommes assis en rond. Conseil de guerre, prière collective, ou réunion de sages pour discuter des intérêts des tribus ? Qui le saura ? Nous allons troubler cette paix.

21 août – Il fait froid, il a un peu plu, j’ai quand même bien dormi sur mon tapis. A midi, nous apprenons que le départ pour Tazra aura lieu ce soir, à neuf heures. Pourquoi ce départ en pleine nuit, dans une montagne dangereuse, que personne ne connaît et dépourvue de chemins ? Qu’adviendra-t-il si les dissidents l’occupent ?  A trois heures du matin donc, nous partons pour Tazra. Sentier difficile. Mes muletiers sont moins consciencieux que ceux que j’avais à Anefgou et je dois me tenir au-dessus des passages dangereux pour stimuler leur attention. Nous avançons par bonds, accompagnés d’une fusillade sporadique qui ne fait que du bruit. Fusillade et canonnade aussi depuis les autres postes. Du bruit, rien que du bruit. En traversant une mechta abandonnée, je trouve un poulet abandonné par ses maîtres . Qu’il est maigre ! Il sera quand même le bienvenu ce soir, car l’ordinaire laisse terriblement à désirer.

Les deux bataillons qui nous suivent nous quittent en cours de route pour occuper les positions intermédiaires. Le commandant choisit l’emplacement de notre bivouac sur une croupe à côté de Tazra ; mais sa face ouest est un peu vulnérable, quoique dominée d’assez loin. C’est ce que l’endroit nous offre de mieux. Aussitôt, malgré la fatigue, tous travaillent. Les uns déboisent, les autres font des murettes ou creusent des abris. Lorsque, épuisés, nous nous couchons, il y a beaucoup plus qu’un embryon de défense ; déjà nous sommes en mesure de parer à une surprise. Je passe la nuit dans un abri, avec des officiers du goum, couché contre le capitaine Parlange. Il pleut à nouveau. Notre unique toile de tente est trop petite et nous protège mal . Au matin, je me trouve allongé dans une flaque d’eau.

Le lendemain, à l’exception du 5° commandé par le lieutenant Barrou, les goumiers nous quitteront.

23 août – Journée d’aménagement et d’installation, sans incident notable. Nos artilleurs bombardent avec succès le campement d’un chef dissident qu’on leur a signalé. Quand donc aura lieu la fameuse opération concertée qui doit liquider cette tâche dissidente, et pour laquelle nous sommes ici ?

17 heures. Les ordres viennent d’arriver. Demain, selon le plan prévu, attaque sur tout le front. Enfin ça y est !

A l’aube, notre bataillon se portera à l’extrémité du promontoire de Tazra, prolongement sud de la crête où nous campons. Point clef s’il en fut, car celui qui tient Tazra dispose sur la dissidence d’un observatoire hors pair. Il est là au cœur de cette dernière. Il surplombe le confluent de l’oued Agheddou et toutes les vallées qui y aboutissent.Surtout, il voit la grande vallée du Tazigzaout, boulevard et forum de la dissidence, comme dans un livre ouvert devant ses yeux. Les dissidents ne pourront pas ne pas tenter l’impossible pour nous chasser de cet observatoire.

Ce sera une opération un peu risquée car nous serons en flèche. Seul un sentier nous relie à travers bois et ravins au poste le plus proche, à trois kilomètres à l’est. Les dissidents peuvent nous l’interdire. Derrière nous, au nord, des bois non occupés. Au sud-ouest et au sud-est, les dissidents.
Pour que l’opération réussisse, il faudra que tous les groupements s’engagent à fond. Souhaitons qu’il en soit ainsi.

Je donne mes instructions pour le lendemain. Le bivouac étant près de Tazra et restant occupé par une compagnie qui protègera nos arrières, inutile de s’encombrer. Quatre muletiers et deux mulets porteurs de cacolets, de litières et de quelques outils nous suivront. Les deux muletiers libres porteront les brancards, les infirmiers leur musette à pansements. Tout blessé sérieux sera immédiatement évacué sur le bivouac.

Le dîner est paisible. Le commandant nous parle de l’opération du lendemain. Après le dîner, je vais à la murette sud qu’on appelle le belvédère. Sur l’énorme carène renversée que figure le Tazigzaout, des feux scintillent comme des étoiles et font pendant à nos feux de bivouac. Ce sont, à moins de deux kilomètres, les feux des dissidents.

La nuit est calme. Du Tazigzaout des chants nous parviennent. Chants de guerre ou prières collectives ? C’est la veillée d’armes chez eux comme chez nous. Enfin, les chants cessent. On entend alors les chiens aboyer, les moutons bêler, les ânes braire ; il ne reste que l’impression d’un soir d’été dans la montagne.

Tazegzawt : L’érosion découvre des ossements (Michael Peyron)

24 août – Réveil discret. Surtout silence et pas de feu ! En hâte je m’habille et vais à mon poste de secours. Quelques coups de pied dans les piquets des petites tentes et dans les murettes réveillent tout le monde. En dix minutes nous sommes prêts.

Le 5° Goum sort le premier du camp. Le lieutenant Burron et ses sous-officiers en tête, ils descendent au sud et disparaissent dans les arbres.
Soudain, en bas à gauche, une fusillade. Le commandant sort, suivi de son bataillon. Des balles l’encadrent, d’autres tapent à ses pieds.
J’attends à la porte que les compagnies aient débouché pour sortir à mon tour. Rapidement, la fusillade s’éloigne. Nos éléments progressent en échelon dans ce terrain en escaliers. Nos mitrailleuses tirent, l’ennemi lâche pied.

5h1/2. Nous occupons entièrement la position de Tazra. En hâte on s’organise : les armes automatiques sont mises en batterie, les hommes font de petites murettes derrière lesquelles ils se couchent. Tous veillent attentivement et sont de bonne humeur. Nous bombardons au mortier et criblons de mitraille les crêtes les plus proches du Tazigzaout. Les dissidents ripostent. Ce combat à distance durera toute la matinée, sans dommage pour nous – et sans doute non plus pour l’adversaire…

Nous installons le poste de secours sous un gros arbre, dans un vallonnement. Seule une murette face à l’est est nécessaire. Par derrière, la pente nous protège. J’arrache de grosses pierres avec une pioche, les muletiers les portent, les infirmiers bâtissent. Nous transpirons abondamment. A huit heures, tout est fini. Notre abri pourrait contenir au moins dix blessés. Un soldat m’offre un quart de vin rouge que je bois d’un trait, puis je me couche en attendant les événements. Mais impossible de dormir : deux mortiers Brandt sont en batterie à côté de moi.

8h30 – Je vais aux nouvelles. Le groupement du colonel Richert qui devait avancer sur le sommet du Tazigzaout ne bouge pas. Par contre, nous voyons les dissidents monter en grand nombre sur une arête shisteuse face aux positions du Tadla, creuser des tranchées et faire des abris. Trop loin pour nos mitrailleuses. Par intermittence, les artilleurs du Tadla les arrosent de quelques fusants, sans succès.

Nos officiers veillent à ce que leurs hommes restent couchés. Ce n’est pas une précaution inutile. Le capitaine Michaux et moi étant allés nous appuyer contre un arbre pour regarder l’ennemi à la jumelle, sommes presque aussitôt encadrés. Nous nous abritons sans attendre la suite.

9h30 –  Une longue colonne descend des bivouacs du Tadla. Deux escadrilles bombardent avec des bombes de dix. Toutes les batteries du Tadla tirent. La montagne disparaît dans la fumée. Entre les retranchements ennemis et les postes du Tadla, ainsi que dans les gorges au sud du Tazigzaout, c’est un crépitement continu. De ce côté, l’attaque paraît déclenchée.

11h – Situation inchangée. Nous mangeons accroupis derrière nos murettes. Tout se calme du côté des groupes du Tadla.

12h – Nous essuyons une fusillade assez vive. Nos mortiers bombardent les coins d’où paraissent venir les coups. Le commandant demande par signaux s’il doit encore tenir cette position. « Opération reportée, retirez-vous prudemment » lui répond-on.

Quelques ennemis réussissent à s’infiltrer entre l’oued et notre rocher et à se glisser sur notre droite. La canonnade a cessé, seul le bivouac le plus proche tire par intermittence. En face de nous, au sommet du grand ravin du Tazigzaout, nous voyons des guerriers descendre par groupes de trois ou quatre, le fusil à la main. Ils se faufilent entre les chênes verts et les rochers. Nos rafales ne les arrêtent pas. Viennent-ils vers nous ?

Après avoir épuisé leurs derniers obus de mortiers, l’une après l’autre, les compagnies se retirent, se protégeant mutuellement de leurs feux. Le goum rentrera le dernier. D’instinct, nos regards se portent sur les crêtes boisées qui nous dominent à une certaine distance. Nous pressentons un danger de ce côté. Où sont passés les dissidents qui se glissaient sur notre droite ?

Bombardement

16h – Nous sommes presque tous rentrés. Encore quelques coups de fusil dans les petits ravins à l’est. Ce sont nos derniers éléments qui se replient.
Arrive un grand diable de tirailleur qui a reçu une balle dans le mollet, un cabochard, très aimé dans sa compagnie, mais qui fait toujours une sottise quand on veut le nommer caporal. J’ai du mal à le garder au poste de secours.

Le calme semble revenu. On envoie chevaux et mulets à l’abreuvoir et à la corvée d’eau. Le 5° Goum et une section qui travaille sur la piste protègeront leur retour. Un convoi de munitions escorté par un escadron de spahis est en route pour notre bivouac. En principe il sera là dans trois quarts d’heure. Le commandant l’attend avec impatience : on a tant tiré depuis trois jours que les munitions s’épuisent.

17h – Tout est calme, cette journée a l’air de bien finir, et je vais admirer le paysage sous un arbuste à trente mètres du parapet. Soudain une balle tape à mes pieds et fait sauter de la terre sur mes chaussures. Je me retire en plastronnant, car on me regarde. Un autre balle ricoche sur un rocher tout près de moi et va s’écraser sur au milieu des cuisiniers de la 11° compagnie. Il me semble avoir vu le tireur. Je saute sur un créneau, vite une jumelle et un fusil de 86 ! Gare à lui si je le vois encore. Des camarades s’approchent, prodigieusement intéressés. Heureusement pour l’honneur du corps médical, ce duel n’aura pas lieu, car au même instant, des balles arrivent de toutes parts.

–    Aux armes ! Aux armes !

Les tirailleurs se précipitent aux murettes. En un clin d’œil elles sont garnies de fusils, baïonnettes au canon. J’ai le temps de jeter un coup d’œil au télémètre et de voir une foule de dissidents qui, sans se cacher cette fois, descendent aussi vite qu’ils le peuvent, un fusil à la main. Ils crient, gesticulent, et les femmes crient comme des bêtes, sans discontinuer. La clameur emplit la montagne et impressionne nombre d’entre nous. C’est sauvage, primitif, nous ne l’entendrons sans doute plus jamais. Ces guerriers viennent vers nous en courant, allant au combat comme on va à la fête. Fanatisés comme ils le sont, mourir pour leur foi et leur liberté est une apothéose, ils se jettent dans l’assaut à corps perdu.

Les mitrailleuse du groupe sud tirent aussi vite qu’elles le peuvent sur le bas du grand ravin. Nous voyons des dissidents tourbillonner et tomber. D’autres les emportent. Mais cela ne ralentit pas d’une seconde la ruée de cette masse.

Le commandant, anxieux, se tient à la porte du bivouac et fouille à la jumelle la piste qui conduit au bivouac le plus proche. Là se trouve le convoi attendu, avec les munitions qui manquent, la corvée d’eau et tous les animaux du bivouac, le goum, et deux sections de son bataillon. Pourvu qu’ils rentrent tous avant l’arrivée des dissidents au-dessus de la piste !

Profitant des moindres replis du terrain, des bouquets de chênes verts qui par endroits nous empêchent de voir à plus de dix mètres de la murette, les dissidents se rapprochent à une rapidité prodigieuse, tout en nous soumettant à une fusillade de plus en plus nourrie.Ils parlent très fort, s’interpellent de loin comme des gens sûrs de la victoire, pour lesquels toute précaution est désormais inutile.

A faible distance derrière eux viennent les femmes. Elles ont apporté les bols de henné dont leurs mains sont teintes, et des couteaux. Echevelées, les vêtements en lambeaux, furies déchaînées, réfractaires à la peur, le visage barbouillé de boue, elles hurlent des imprécations et se griffent les joues afin que la vue du sang excite encore plus les combattants. On les aperçoit parfois à l’œil nu entre deux rochers, car elles ne se cachent pas. Si un homme recule, elles le saisiront et leurs mains le marqueront aussi sûrement qu’un fer rouge. Après le combat, toute la tribu saura qu’il a reculé devant l’ennemi. Quant aux couteaux, nous n’ignorons pas les mutilations que ces sauvagesses nous feront subir si nous tombons entre leurs mains.
Sans arrêt des balles sifflent et claquent autour de nous. Parfois un gros « ronron » marque le passage d’une de ces énormes balles de plomb tirées par les fusils à pierre, qui font dans les chairs des tous gros comme le poing.

Le vacarme est infernal. Les dissidents sont bien armés et, malgré nos énormes moyens, ils se rapprochent encore et font feu aussi vite qu’ils le peuvent.

Tous les gens valides du camp sont aux murettes, même les muletiers. On se bat pour sa peau. Il n’y a qu’une alternative : repousser les dissidents ou être tués. Les prisonniers sont suppliciés, tout le monde le sait ; les femmes ont été emmenées pour cet office.

–    Tiens, fils de chienne, attrape, lancent les tirailleurs, et les grenades volent.

–    Que Dieu te fasse brûler vif et rende aveugles ton père et ta mère, leur répond-on.

Des blessés arrivent ; blessures légères : certains repartent une fois pansés. Le premier tirailleur blessé veut retourner au combat : « Ah les maquereaux, les fils de pute, si au moins je pouvais en pendre un à un arbre et l’étriper… Toubib, laisse-moi partir ! » Je le laisse partir.

18h – La fusillade s’étend au nord, loin du bivouac. Un sergent a placé de ce côté deux mitrailleuses en batterie sur une crête, à l’abri de petits rochers, afin de protéger ceux qui doivent rentrer. Enfin les voilà ! Convoi de munitions, corvée d’eau, section d’escorte, goumiers… intacts. Le moral devient meilleur.

Deux tirailleurs en portent un autre dont les vêtements sont rouges de sang. Une balle a pénétré dans son côté droit, puis passant sur la face antérieure de sa colonne vertébrale, est ressortie par l’épaule gauche. Comment n’est-il pas mort sur le coup ? Cependant, il parle. On l’étend sur un brancard et on le couvre. Une sueur froide glace son visage, son pouls n’est déjà plus perceptible.

Le poste de secours se remplit : neuf blessés maintenant. Certains repartent une fois pansés. La murette nous protège admirablement : il s’agit pour la plupart de blessures légères, par ricochet. Nous travaillons accroupis. Une grosse balle de plomb vient s’écraser sur l’une des caisses médicales qui bordent notre abri.

La nuit tombe et soudain le combat redouble de violence. Les dissidents se rapprochent encore. Ils sont même si près que nous nous attendons à tout moment à les voir bondir à la murette pour attaquer au couteau, en masse. Mortiers, grenades, sans parler de la mousquetterie et des mitrailleuses, tout part en même temps. Les obus s’envolent dans un bruit de sirène et décrivent de grandes traînées rouges. Quelle débauche de munitions ! Pourrons-nous tenir longtemps ainsi ? Maintenant, tirailleurs et dissidents s’injurient et se fusillent presque à bout portant. En bas, sur le front de la 2° compagnie, on voit des hommes se dresser, tirer, lancer des grenades et recommencer. Personne ne mollit.

Bombardement

19h30 –  La fusillade se ralentit de part et d’autre. Nous sommes convaincus que les dissidents attendent que la nuit soit déjà avancée pour tenter un nouvel assaut. Les nôtres veillent. Parfois ils croient voir des fantômes approcher et le feu reprend.

–    Economisez vos munitions, ne tirez qu’à coup sûr, répètent les officiers.

Des dissidents chantent tout près de nous. On dirait une prière, une sorte de litanie que l’écho renvoie.Leurs femmes poussent de temps à autre des youyous suraigus, et la nuit amplifie les bruits.

–    On vous aura, chien de Roumis, aujourd’hui ou demain. On vous aura, crient-ils.

Et à l’adresse des tirailleurs :

–    Vendus aux Roumis, vous n’êtes plus des musulmans, vous êtes des traîtres, pire que des Juifs. Venez un peu vers nous, lâches !

Les blessés sont soigneusement couverts. On a administré des calmants au pauvre malheureux mortellement atteint. C’est hélas tout ce que nous pouvions faire pour lui.

Les canons du Tadla ouvrent un feu nourri sur le Tazigzaout et dans les ravins autour de notre bivouac. Cela sert-il à quelque chose ?

Dans le bivouac et aux alentours, les bruits cessent. Mais le Tazigzaout s’emplit alors d’une rumeur immense, qui nous parvient, tantôt forte, souveraine, tantôt faible, selon le vent. Les chiens hurlent à la mort. Que signifie cette rumeur ? Est-ce le ralliement de tous ceux qui vivent là-haut pour l’assaut suprême qu’ils vont nous livrer ? Ou bien sont-ce des cris de désespoir, des pleurs, des lamentations qui grandissent au fur et à mesure que sont connues les pertes subies ? De rares coups de feu trouent la nuit noire. Les nôtres ne tirent pas.

Nous avons l’impression que les dissidents se sont rassemblés face à notre front sud, très nombreux, de plus en plus nombreux, et qu’aucun n’a fui. Nous ne les voyons pas mais sentons leur présence. Nos soldats retiennent leur souffle pour mieux écouter. C’est angoissant et tragique, ce face-à-face dans la nuit de ceux qui vont se prendre à la gorge et se poignarder .

Nous attendons. Je trouve le commandant dans la guitoune du capitaine de la 10° compagnie. On pense que l’assaut sera donné après neuf heures. On me propose de manger. Je n’ai pas faim.

21h30 – Je me rends au sud de l’extrême pointe du bivouac, là où sont les groupes de mitrailleuses, les mortiers et où, pendant le jour, on voit le moindre repli de la montagne.Toujours la même rumeur en face de nous dominée par la voix aiguë des femmes. Devant le parapet, en dehors du camp, un petit chien, celui d’un sous-officier aboie par intermittence.

Couchés, baïonnette au canon, et une seule cartouche dans le fusil, sur trois rangs en profondeur, la section hors-rang et tous les muletiers du bataillon sont là. C’est la suprême réserve, ils embrocheront ceux qui arriveront jusqu’ici.

Un officier me montre sur la droite un rocher dont l’ombre se découpe.

– Ils sont derrière ce petit promontoire. C’est à partir de là qu’ils vont essayer de sauter le mur.

Dans le camp le silence est absolu mais l’énervement est sensible. Qu’on en finisse !

Soudain, à vingt mètres de nous, de l’autre côté du mur, des cris, des appels, un véritable bruit de foule. L’assaut en masse que nous craignions, se produira au point où nous l’attendions. Nos percevons chaque syllabe prononcée par les dissidents. Des grenades volent. Vite ils se taisent. Lorsqu’ils approchent, le petit chien noir recule et aboie de plus belle. Brave petit chien, aussi utile pour nous que le furent pour Rome les oies du Capitole !
Les dissidents qu’il gêne beaucoup voudraient le faire taire et tirent plusieurs coups de feu pour l’abattre, en vain.

Une voix dit en français :

–    Loulou, viens ici !

Une autre, en français toujours, mais avec l’accent des faubourgs :

–    Mon adjudant, mon lieutenant, c’est pour votre gamelle qu’on vient ! On l’aura, votre gamelle !

Le lieutenant Pechery, perché sur un parapet, réplique :

–    Allons viens, mignon ! » et il lance des grenades.

Tout à coup, les femmes poussent des cris effrayants, des youyous dont le rythme se précipite. On entend « A mort, chiens ! on vous tient ! » et ils s’élancent. Notre réplique est brutale, intense, immédiate. Grenades, mortiers, mitrailleuses, tout part à la fois. Nous sommes au milieu d’un feu d’artifice. Cela dure une minute, puis plus rien. Seul le petit chien aboie toujours, et il s‘éloigne, poursuivant les dissidents, qui reculent. Quelques balles sifflent encore, puis le silence dans le camp devient total.Seuls persistent la rumeur lointaine dans la montagne et, autour de nous, des chuchotements, parfois la voix aiguë d’une femme. Il faut veiller, rester prêt. Je m’installe pour dormir au poste de secours, à côté de mes blessés, et m’enroule dans une couverture contre mes infirmiers.

Minuit – Les blessés reposent. Le malheureux à la poitrine transpercée râle. Il exhale un souffle profond, bruyant, monotone. Je suis couché à deux mètres de lui. Je pensais qu’il ne passerait pas la nuit, cependant, son râle d’agonisant me tient en éveil jusqu’au matin. Je n’ose écrire sa fin lamentable. Transporté le lendemain sur une litière, à dos de mulet, pour gagner l’ambulance, il glissera et tombera sur un rocher, son dos percutant l’arête dure. Qui accuser ? Mulet ? Piste ? Litière ? Convoyeur ? Je le savais perdu, mais il faut croire au miracle…

Mekki

    25 août – 6h du matin – Lendemain de victoire ? Qui sait ? Nous avons repoussé deux assauts, mais peut-être sommes-nous encerclés ? S’il en est ainsi, sans ravitaillement, sans corvée d’eau possible, nous serons obligés de battre en retraite dans cette montagne où il n’y a que rochers, ravins et forêts, en combattant dans les pires conditions. Certains sont pessimistes.

Aux créneaux, aux bastions, les officiers fouillent le terrain à la jumelle. Personne, pas un bruit. Des goumiers font des reconnaissances et reviennent sans accroc. Pas davantage de dissidents sur la face est : nous pourrons donc aller à la corvée d’eau. Par contre, au sud, sur les positions que nous occupions la veille, nous voyons distinctement des fusils dépasser des murettes que nous avions faites. Si on nous donne l’ordre de retourner là-bas, il faudra se frayer un chemin à la grenade et à la baïonnette.

Nos défenses étaient inachevées faute de temps. Cette fois, c’est sérieux, nous nous retranchons, et fiévreusement, chaque homme travaille. Les uns arrachent des pierres, les autres les portent, d’autres bâtissent. On entasse de la terre sur les parapets et on aménage des créneaux couverts, tandis que des murettes transversales pour protéger des coups d’enfilade sont commencées un peu partout. Quelques balles tirées de loin claquent encore sur le bivouac. On se prépare à assurer la corvée d’eau.

Le lieutenant Barrou revient de reconnaissance. Il parle avec de grands gestes. Un cercle se forme autour de lui.

–    Qu’est-ce qu’ils ont pris ! Ca c’est du beau travail ! Mon commandant, il y a du sang partout !

Des blessés ont peut-être été oubliés sur les pentes. Je sors avec Barrou et le commandant.

A chaque pas des flaques de sang ; sur les pierres, sur les feuilles, sur la terre où elles font des tâches noires.En face du groupe de mitrailleuses nord-est, sur un rocher, les dissidents avaient fait de petits abris avec de grosses pierres et des troncs d’arbre. On dirait qu’on a saigné des bœufs. Un chapelet nage au milieu du sang. Un véritable ruisselet noir part de là et coule dans les rochers. Plus loin, un morceau de crâne est plaqué contre un arbre. Et encore des flaques de sang : elles se touchent presque sur cette crête. Les murettes sont démolies par les obus de mortier et les grenades dont on retrouve les éclats. Dans le bois, un peu en arrière, les branches, les feuilles sont hachées par la mitraille. Par endroits, on voit des traînées rouges de plus d’un mètre. Mais pas un cadavre, pas un blessé. A la faveur de la nuit, les dissidents les ont tous enlevés. On suit à la trace, sur le sentier qui descend, le passage des blessés et des morts.

Dans le Tazigzaout,  de petits attroupements de femmes se forment à mesure que le temps passe. Les blessés légers et les femmes ramènent, chargés de cadavres et de blessés graves, les mulets et les ânes qui devaient ramener les dépouilles des vaincus. Toujours il en arrive. On sait maintenant l’acharnement de la lutte, l’issue indécise et les pertes subies. Des youyous éclatent. Comment reconnaître parmi ces loques humaines, ces yeux révulsés, cette tête sans visage, celui qu’ils chérissaient et qui était parti quelques heures plus tôt, fier de son beau mousqueton qu’il avait payé de tout son troupeau, jurant qu’il allait rapporter les dépouilles de ces lâches qui n’osent pas regarder les hommes libres de près. Pauvres gens qui avaient cru leurs apprentis sorciers !

–    Ah ! Chiens de Roumis !

C’est un concert de malédictions, de cris, aussi d’imprécations contre les mauvais bergers qui ont poussé à cette résistance sans issue, et aujourd’hui à cette attaque insensée.

– Qu’on en finisse ! Allons trouver les Français. Les autres Berbères vivent bien avec eux ; ils osent même nous combattre et ce sont les plus acharnés ! Voyez comme ils sont gras ! Ils ont de beaux troupeaux, leurs garçons et leurs filles chantent et dansent le haïdous, tandis que, depuis des années, nous nous cachons comme des chacals dans les rochers et les fourrés, avec souvent, pour toute nourriture, des baies de genièvre et des grains d’orge ! Nous grelottons la nuit, les membres de nos enfants bleuissent en hiver ? C’est assez !

Les sanglots, les lamentations dureront jusqu’à l’aube.  Alors, les exhortations à la résistance reprendront.

–    Il faut se soumettre à la volonté de Dieu, il n’abandonnera pas les siens.Les Roumis ont subi plus de pertes que nous et ne se lamentent pas. Faisons comme eux. Ils finiront par partir. Courage mes frères, aujourd’hui nous sommes tous rassemblés : qui pourra nous vaincre ? Des présages qui ne trompent pas montrent que c’est ici que nous serons vainqueurs.

Le siège du Tazigzaout durera encore quatorze jours de bombardements, de mitraillades, de combats. Comme une peau de chagrin, la dissidence se rétrécira sous nos yeux. Un jour les légionnaires s’emparent de l’extrémité ouest de la grande crête du Tazigzaout et y plantent leur drapeau. Des contre-attaques se succèderont pour reprendre cet éperon rocheux qui domine le pays. Mais les légionnaires les repousseront à la baïonnette et en resteront maîtres . C’est au cours de ce combat que mon ami le lieutenant Anthoine sera tué d’une balle en plein front.

Un jour les dissidents marquent un point. Nos troupes s’étaient emparés d’un piton très boisé adossé au flanc nord du Tazigzaout et que nous appelions le Piton des Cèdres. Les dissidents contre-attaquent, reprennent cette position et la conservent un temps. Succès sans lendemain.

Au sud-ouest de Tazra, deux longues crêtes parallèles aboutissant au confluent de l’Agheddou avaient été garnies de petits blockhaus par les dissidents. Après une intense préparation d’artillerie, les guerriers zaïan d’Amaroq nettoieront chaque trou à la grenade.

Tous les matins, nous prenons, sans être inquiétés, notre position à l’extrême pointe de Tazra, au-dessus du rocher. Nous allons là comme au spectacle.

9 septembre –  La dissidence n’occupe plus que le grand ravin du Tazigzaout. A peine déborde-t-elle de quelques centaines de mètres sur les rochers. Comment ces pauvres gens peuvent-ils encore tenir, entassés dans des trous creusés entre les racines des cèdres ou sous des rochers ? Hommes femmes, enfants, serrés là tout le jour, les uns contre les autres à étouffer, attendant fiévreusement la nuit pour courir à l’oued remplir une guerba et faire pacager les quelques moutons qui leur restent ? La pestilence est telle au milieu de tous ces cadavres d’hommes et d’animaux à demi-enterrés que l’odeur de charogne monte jusqu’en haut du Tazra.

Dès l’aube, nous devenons spectateurs d’un combat qui se déroulera sous nos yeux, à quelques centaines de mètres, et dont nous allons suivre intensément les péripéties. Tôt, le bombardement du grand ravin commence. Il se poursuivra sans répit. Le canon tonne comme jamais encore il n’a tonné, plusieurs batteries tirent en même temps, arrosant tous les replis de la montagne qui disparaît dans un nuage de poussière. Tirs de harcèlement, puis tirs de barrage avec des obus fusants, devant les vagues d’assaut. Il est précis, rapide et semble très efficace. Derrière lui, la cavalerie des Zaïan d’Amaroq charge avec des musettes de grenades en guise de sabre. En un clin d’œil elle a nettoyé les abords de l’oued et les petits ravins qui aboutissent au confluent, puis, fait inouï, elle s’élance au galop dans le grand ravin, le sanctuaire inviolé, sous le feu des dissidents, et le remonte ! Des fantassins suivent en courant, par petits groupes, et s’égaillent à droite et à gauche pour nettoyer les abords. On se croirait revenu aux charges héroïques d’antan. Le spectacle nous coupe le souffle.

C’est l’hallali. Les Zaïan occupent le tiers inférieur du ravin et progressent toujours. Le feu redouble, d’autres cavaliers arrivent, suivis de colonnes de fantassins. Rien ne les arrêtera.

Tout à coup, vers dix heures, les canons se taisent, la fusillade cesse, la fumée se dissipe et on voit les cavaliers redescendre paisiblement le ravin, regagner l’oued et s’en aller – sans oublier d’emporter les troupeaux razziés. Est-ce la fin ?

A onze heures trente nous déjeunons. Un message transmis par signaux optiques arrive : « Pourparlers de soumission engagés. Cessez-le-feu jusqu’à quatorze heures » .

Un peu plus tard nous voyons, au sommet du grand ravin, un vieillard d’aspect majestueux, vêtu d’un ample burnous blanc et d’un volumineux turban, s’avancer au milieu d’un petit groupe d’hommes et descendre lentement vers le bas de la vallée. On lui amène un cheval ou une mule. Au fur et à mesure qu’il avance, des groupes nombreux sortent de caches dont nous ne soupçonnions même pas l’existence et se précipitent pour baiser sa main ou le pan de son burnous. C’est Si El Mekki, le chef incontesté des dissidents qui, au nom de tous, va se soumettre à Amaroq et au général de Loustal.

Tout est fini. Il ne restera plus à pacifier, l’année suivante, que les contreforts sud du Haut Atlas, et l’Anti Atlas.

***

Avant les combats du Tazigzaout, j’étais convaincu qu’en soumettant les dissidents au gouvernement central, nous accomplissions une oeuvre humanitaire. N’allions-nous pas ramener les brebis égarées dans le droit chemin, les initier à notre civilisation, leur faire profiter de ses bienfaits ? Après la pénurie immémoriale qu’ils connaissaient, l’abondance et la sécurité que nous leur offririons leur paraîtrait le paradis !

Ce que je venais de voir modifia mon point de vue.

Si, malgré les bienfaits matériels palpables que nous apportions aux nouveaux soumis, la justice égale pour tous, le respect de leurs croyances, de leurs mœurs, de leurs coutumes – faits que les dissidents ne pouvaient ignorer – non seulement ils ne se soumettaient pas mais nous opposaient une résistance farouche, c’est que notre conception du bonheur, liée au bien-être matériel et à la sécurité, n’était pas valable pour eux.

Quel idéal valait toutes les souffrances, les privations, les pertes matérielles et humaines endurées depuis seize ans de luttes incessantes et comment cela pouvait-il encore être assez fort pour leur insuffler l’indomptable courage dont nous avions été témoins ?

Ce que les Berbères défendaient, ce n’était pas, malgré les apparences et les imprécations des fquihs, un idéal religieux, auquel nous ne portions d’ailleurs pas atteinte, non, c’était leur liberté, leur vie de pasteurs nomades dans leurs montagnes, sans autre servitude que celle du soleil, de la pluie ou de la neige. Peu leur importaient les chemins, les écoles, le médecin, le confort. N’avaient-ils pas toute la nature à leur disposition, le lait de leurs brebis, le miel de leurs abeilles, l’orge de leur petit champ et la laine de leurs toisons pour confectionner leurs vêtements et leurs tapis ? Que leur fallait-il de plus ? Ne se déplaçaient-ils pas à leur guise, au gré des saisons, de leur montagne à la plaine, sur les chemins de transhumance de leur tribu ? Qui venait les importuner, leur demander des comptes ? Personne. Les anciens réglaient les litiges et les difficultés quotidiennes. Les riches, suivant les préceptes du Coran, aidaient les plus pauvres, à la mesure de leurs moyens. Tout était bien ainsi. D’ailleurs, Dieu est le maître, c’est Lui qui octroie le bonheur et le malheur ; prions-le et soumettons-nous à sa loi car nous ne pouvons la changer.

Or, à la place de cette quiétude qui remet tout souci aux mains de la Providence, de cette vie simple réduite au nécessaire, de cette liberté véritable, nous allions apporter avec notre superflu et nos soi-disant progrès – qui créeraient aussitôt chez eux des besoins qu’ils n’avaient pas -, l’engrenage infernal de nos contrôles et de nos contraintes, fleurons de la civilisation moderne. Et ce sera irréversible, car on ne peut jamais s’en libérer.On a beau se battre pour que cela change, on ne peut que changer d’étau.

Leur avons-nous ainsi rendu service ? Je ne le crois pas. Seront-ils plus heureux ? Certainement non.

Les photos ont été prises de : http://www.francisboulbes.com/

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