Thami El Glaoui humilié par Mohammed V. La vidéo :

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Novembre 1955, Mohamed V accepte de recevoir Thami El Glaoui en audience, mais il l’humilie. « Pour la première fois de sa vie, le pacha de Marrakech doit faire antichambre pendant une heure entière. Après avoir ôté ses souliers, Thami pénétra seul dans le salon où Mohammed V était assis sur un canapé. Il se mit à genoux, avança dans cette position jusqu’aux pieds du sultan, puis se prosterna le visage contre terre. D’une voix à peine perceptible, il supplia le sultan d’accorder sa miséricorde à un pauvre homme qui s’était écarté du droit chemin. On aida Thami à se relever, et il sortit à reculons, en chancelant ».

Gavin Maxwell dans son livre « El Glaoui, dernier seigneur de l’Atlas (1893-1956) »

La scène décrite en vidéo :

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DOCUMENT : LA FIN DE LA DISSIDENCE DANS LE HAUT ATLAS, LE COMBAT DU TAZIGZAOUT (20 août – 10 septembre 1932)

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Nous publions ci-après le témoignage inédit du Docteur Serre avec l’aimable autorisation de Mr. Francis Boulbés (N’hésitez pas à visiter son site), auquel Mme Jacqueline Serre, veuve du médecin, a confié ce document d’une grande importance historique. Docteur Serre est arrivé au Maroc pour effectuer son service militaire en 1931, il y restera jusqu’à «l’indépendance». Le Docteur avait fondé entre autres l’hôpital de Khénifra dans le Moyen Atlas. Il raconte dans ce témoignage la terrible bataille de Tazegzawt (prononcé aussi : Tazizaout), Haut Atlas Oriental, en 1932. Récit : 

Tazegzawt

Nommé médecin d’un bataillon de Tirailleurs Algériens pour la phase finale des opérations, je rejoins cette unité au Tizi n’Ighil, prolongement ouest de l’Ighil ou Abari, à près de 3.000m d’altitude, le 20 août 1932.

Jusque là, nous ne nous sommes heurtés qu’à des éléments locaux ; il ne va plus en être de même car nous aurons affaire, non seulement aux tribus voisines, mais aussi à la masse des irréductibles, qui depuis seize ans recule devant nous, refusant de se soumettre. Ils appartiennent à toutes les tribus du Moyen Atlas. On dit qu’ils sont vingt mille, puissamment armés, pourvus de beaucoup de munitions, et résolus.

Ils se sont réfugiés dans le massif boisé du Tazigzaout, en face de nous, de l’autre côté de la vallée de l’oued Agheddou, dont nous occupons le sommet du versant nord, et dans les vallées qui convergent à son extrémité ouest. Au-delà, vers le sud, c’est le plateau des lacs, à 3.000m d’altitude : de la pierraille, pas un arbre, une herbe rare. Au-delà encore, en dehors des rives des oueds, ce ne sont que pentes arides, sans pâturages ni cultures, puis vient le désert. La forêt et les bons pâturages se terminent sous nos yeux, sur les pentes du Tazigzaout. Les dissidents ne peuvent aller plus loin.
Nous dominons un paysage alpestre, tourmenté, fait de gorges, de croupes, de ravines, de sommets aigus et boisé de cèdres et de chênes verts.
Les troupes de notre groupement se rassemblent sur le plateau de Tamedarkane, protubérance ouest du Tizi n’Ighil. Cette fois, il s’agit d’une opération importante qui mettra en ligne deux groupements de la Région de Meknès et ceux du Territoire du Tadla. Les partisans qui coopèrent avec les forces régulières du Tadla sont les Zaïan, guerriers redoutables. Le caïd Amaroq les commande. Nous devons achever d’encercler les dissidents et les forcer à se soumettre.

Tombe d’un résistant sur le mont de Tazegzawt, Photo : Michael Peyron

Le premier groupement de la Région de Meknès, sous les ordres du colonel Richert, fort de trois bataillons, vient de prendre pied, sans coup férir, sur la falaise qui couronne le Tazigzaout. Les trois goums de Tounfite, commandés par le capitaine Parlange, les tirailleurs algériens et une batterie d’artillerie constitueront l’avant-garde du nôtre. Deux autres bataillons nous suivront.

Le Tamederkane est une série de plateaux étagés, coupés de gorges, qui se termine au sud-ouest, à Tazra, par un rocher vertical, au-dessus du confluent de l’oued Agheddou et d’autres petits torrents, devant l’extrémité du Tazigzaout. Ce sera notre objectif. Pour y parvenir, il faudra décrire un grand arc de cercle, dans un terrain accidenté et boisé.

De notre campement, nous voyons à la jumelle ce qui se passe sur l’autre versant, chez les dissidents. Leurs troupeaux sont nombreux. Nous en comptons au moins quarante qui paissent sur un plateau dénudé. Il y a des chameaux, des chevaux, des vaches et beaucoup de moutons. Sur une croupe se tient un aréopage d’une centaine d’hommes assis en rond. Conseil de guerre, prière collective, ou réunion de sages pour discuter des intérêts des tribus ? Qui le saura ? Nous allons troubler cette paix.

21 août – Il fait froid, il a un peu plu, j’ai quand même bien dormi sur mon tapis. A midi, nous apprenons que le départ pour Tazra aura lieu ce soir, à neuf heures. Pourquoi ce départ en pleine nuit, dans une montagne dangereuse, que personne ne connaît et dépourvue de chemins ? Qu’adviendra-t-il si les dissidents l’occupent ?  A trois heures du matin donc, nous partons pour Tazra. Sentier difficile. Mes muletiers sont moins consciencieux que ceux que j’avais à Anefgou et je dois me tenir au-dessus des passages dangereux pour stimuler leur attention. Nous avançons par bonds, accompagnés d’une fusillade sporadique qui ne fait que du bruit. Fusillade et canonnade aussi depuis les autres postes. Du bruit, rien que du bruit. En traversant une mechta abandonnée, je trouve un poulet abandonné par ses maîtres . Qu’il est maigre ! Il sera quand même le bienvenu ce soir, car l’ordinaire laisse terriblement à désirer.

Les deux bataillons qui nous suivent nous quittent en cours de route pour occuper les positions intermédiaires. Le commandant choisit l’emplacement de notre bivouac sur une croupe à côté de Tazra ; mais sa face ouest est un peu vulnérable, quoique dominée d’assez loin. C’est ce que l’endroit nous offre de mieux. Aussitôt, malgré la fatigue, tous travaillent. Les uns déboisent, les autres font des murettes ou creusent des abris. Lorsque, épuisés, nous nous couchons, il y a beaucoup plus qu’un embryon de défense ; déjà nous sommes en mesure de parer à une surprise. Je passe la nuit dans un abri, avec des officiers du goum, couché contre le capitaine Parlange. Il pleut à nouveau. Notre unique toile de tente est trop petite et nous protège mal . Au matin, je me trouve allongé dans une flaque d’eau.

Le lendemain, à l’exception du 5° commandé par le lieutenant Barrou, les goumiers nous quitteront.

23 août – Journée d’aménagement et d’installation, sans incident notable. Nos artilleurs bombardent avec succès le campement d’un chef dissident qu’on leur a signalé. Quand donc aura lieu la fameuse opération concertée qui doit liquider cette tâche dissidente, et pour laquelle nous sommes ici ?

17 heures. Les ordres viennent d’arriver. Demain, selon le plan prévu, attaque sur tout le front. Enfin ça y est !

A l’aube, notre bataillon se portera à l’extrémité du promontoire de Tazra, prolongement sud de la crête où nous campons. Point clef s’il en fut, car celui qui tient Tazra dispose sur la dissidence d’un observatoire hors pair. Il est là au cœur de cette dernière. Il surplombe le confluent de l’oued Agheddou et toutes les vallées qui y aboutissent.Surtout, il voit la grande vallée du Tazigzaout, boulevard et forum de la dissidence, comme dans un livre ouvert devant ses yeux. Les dissidents ne pourront pas ne pas tenter l’impossible pour nous chasser de cet observatoire.

Ce sera une opération un peu risquée car nous serons en flèche. Seul un sentier nous relie à travers bois et ravins au poste le plus proche, à trois kilomètres à l’est. Les dissidents peuvent nous l’interdire. Derrière nous, au nord, des bois non occupés. Au sud-ouest et au sud-est, les dissidents.
Pour que l’opération réussisse, il faudra que tous les groupements s’engagent à fond. Souhaitons qu’il en soit ainsi.

Je donne mes instructions pour le lendemain. Le bivouac étant près de Tazra et restant occupé par une compagnie qui protègera nos arrières, inutile de s’encombrer. Quatre muletiers et deux mulets porteurs de cacolets, de litières et de quelques outils nous suivront. Les deux muletiers libres porteront les brancards, les infirmiers leur musette à pansements. Tout blessé sérieux sera immédiatement évacué sur le bivouac.

Le dîner est paisible. Le commandant nous parle de l’opération du lendemain. Après le dîner, je vais à la murette sud qu’on appelle le belvédère. Sur l’énorme carène renversée que figure le Tazigzaout, des feux scintillent comme des étoiles et font pendant à nos feux de bivouac. Ce sont, à moins de deux kilomètres, les feux des dissidents.

La nuit est calme. Du Tazigzaout des chants nous parviennent. Chants de guerre ou prières collectives ? C’est la veillée d’armes chez eux comme chez nous. Enfin, les chants cessent. On entend alors les chiens aboyer, les moutons bêler, les ânes braire ; il ne reste que l’impression d’un soir d’été dans la montagne.

Tazegzawt : L’érosion découvre des ossements (Michael Peyron)

24 août – Réveil discret. Surtout silence et pas de feu ! En hâte je m’habille et vais à mon poste de secours. Quelques coups de pied dans les piquets des petites tentes et dans les murettes réveillent tout le monde. En dix minutes nous sommes prêts.

Le 5° Goum sort le premier du camp. Le lieutenant Burron et ses sous-officiers en tête, ils descendent au sud et disparaissent dans les arbres.
Soudain, en bas à gauche, une fusillade. Le commandant sort, suivi de son bataillon. Des balles l’encadrent, d’autres tapent à ses pieds.
J’attends à la porte que les compagnies aient débouché pour sortir à mon tour. Rapidement, la fusillade s’éloigne. Nos éléments progressent en échelon dans ce terrain en escaliers. Nos mitrailleuses tirent, l’ennemi lâche pied.

5h1/2. Nous occupons entièrement la position de Tazra. En hâte on s’organise : les armes automatiques sont mises en batterie, les hommes font de petites murettes derrière lesquelles ils se couchent. Tous veillent attentivement et sont de bonne humeur. Nous bombardons au mortier et criblons de mitraille les crêtes les plus proches du Tazigzaout. Les dissidents ripostent. Ce combat à distance durera toute la matinée, sans dommage pour nous – et sans doute non plus pour l’adversaire…

Nous installons le poste de secours sous un gros arbre, dans un vallonnement. Seule une murette face à l’est est nécessaire. Par derrière, la pente nous protège. J’arrache de grosses pierres avec une pioche, les muletiers les portent, les infirmiers bâtissent. Nous transpirons abondamment. A huit heures, tout est fini. Notre abri pourrait contenir au moins dix blessés. Un soldat m’offre un quart de vin rouge que je bois d’un trait, puis je me couche en attendant les événements. Mais impossible de dormir : deux mortiers Brandt sont en batterie à côté de moi.

8h30 – Je vais aux nouvelles. Le groupement du colonel Richert qui devait avancer sur le sommet du Tazigzaout ne bouge pas. Par contre, nous voyons les dissidents monter en grand nombre sur une arête shisteuse face aux positions du Tadla, creuser des tranchées et faire des abris. Trop loin pour nos mitrailleuses. Par intermittence, les artilleurs du Tadla les arrosent de quelques fusants, sans succès.

Nos officiers veillent à ce que leurs hommes restent couchés. Ce n’est pas une précaution inutile. Le capitaine Michaux et moi étant allés nous appuyer contre un arbre pour regarder l’ennemi à la jumelle, sommes presque aussitôt encadrés. Nous nous abritons sans attendre la suite.

9h30 –  Une longue colonne descend des bivouacs du Tadla. Deux escadrilles bombardent avec des bombes de dix. Toutes les batteries du Tadla tirent. La montagne disparaît dans la fumée. Entre les retranchements ennemis et les postes du Tadla, ainsi que dans les gorges au sud du Tazigzaout, c’est un crépitement continu. De ce côté, l’attaque paraît déclenchée.

11h – Situation inchangée. Nous mangeons accroupis derrière nos murettes. Tout se calme du côté des groupes du Tadla.

12h – Nous essuyons une fusillade assez vive. Nos mortiers bombardent les coins d’où paraissent venir les coups. Le commandant demande par signaux s’il doit encore tenir cette position. « Opération reportée, retirez-vous prudemment » lui répond-on.

Quelques ennemis réussissent à s’infiltrer entre l’oued et notre rocher et à se glisser sur notre droite. La canonnade a cessé, seul le bivouac le plus proche tire par intermittence. En face de nous, au sommet du grand ravin du Tazigzaout, nous voyons des guerriers descendre par groupes de trois ou quatre, le fusil à la main. Ils se faufilent entre les chênes verts et les rochers. Nos rafales ne les arrêtent pas. Viennent-ils vers nous ?

Après avoir épuisé leurs derniers obus de mortiers, l’une après l’autre, les compagnies se retirent, se protégeant mutuellement de leurs feux. Le goum rentrera le dernier. D’instinct, nos regards se portent sur les crêtes boisées qui nous dominent à une certaine distance. Nous pressentons un danger de ce côté. Où sont passés les dissidents qui se glissaient sur notre droite ?

Bombardement

16h – Nous sommes presque tous rentrés. Encore quelques coups de fusil dans les petits ravins à l’est. Ce sont nos derniers éléments qui se replient.
Arrive un grand diable de tirailleur qui a reçu une balle dans le mollet, un cabochard, très aimé dans sa compagnie, mais qui fait toujours une sottise quand on veut le nommer caporal. J’ai du mal à le garder au poste de secours.

Le calme semble revenu. On envoie chevaux et mulets à l’abreuvoir et à la corvée d’eau. Le 5° Goum et une section qui travaille sur la piste protègeront leur retour. Un convoi de munitions escorté par un escadron de spahis est en route pour notre bivouac. En principe il sera là dans trois quarts d’heure. Le commandant l’attend avec impatience : on a tant tiré depuis trois jours que les munitions s’épuisent.

17h – Tout est calme, cette journée a l’air de bien finir, et je vais admirer le paysage sous un arbuste à trente mètres du parapet. Soudain une balle tape à mes pieds et fait sauter de la terre sur mes chaussures. Je me retire en plastronnant, car on me regarde. Un autre balle ricoche sur un rocher tout près de moi et va s’écraser sur au milieu des cuisiniers de la 11° compagnie. Il me semble avoir vu le tireur. Je saute sur un créneau, vite une jumelle et un fusil de 86 ! Gare à lui si je le vois encore. Des camarades s’approchent, prodigieusement intéressés. Heureusement pour l’honneur du corps médical, ce duel n’aura pas lieu, car au même instant, des balles arrivent de toutes parts.

–    Aux armes ! Aux armes !

Les tirailleurs se précipitent aux murettes. En un clin d’œil elles sont garnies de fusils, baïonnettes au canon. J’ai le temps de jeter un coup d’œil au télémètre et de voir une foule de dissidents qui, sans se cacher cette fois, descendent aussi vite qu’ils le peuvent, un fusil à la main. Ils crient, gesticulent, et les femmes crient comme des bêtes, sans discontinuer. La clameur emplit la montagne et impressionne nombre d’entre nous. C’est sauvage, primitif, nous ne l’entendrons sans doute plus jamais. Ces guerriers viennent vers nous en courant, allant au combat comme on va à la fête. Fanatisés comme ils le sont, mourir pour leur foi et leur liberté est une apothéose, ils se jettent dans l’assaut à corps perdu.

Les mitrailleuse du groupe sud tirent aussi vite qu’elles le peuvent sur le bas du grand ravin. Nous voyons des dissidents tourbillonner et tomber. D’autres les emportent. Mais cela ne ralentit pas d’une seconde la ruée de cette masse.

Le commandant, anxieux, se tient à la porte du bivouac et fouille à la jumelle la piste qui conduit au bivouac le plus proche. Là se trouve le convoi attendu, avec les munitions qui manquent, la corvée d’eau et tous les animaux du bivouac, le goum, et deux sections de son bataillon. Pourvu qu’ils rentrent tous avant l’arrivée des dissidents au-dessus de la piste !

Profitant des moindres replis du terrain, des bouquets de chênes verts qui par endroits nous empêchent de voir à plus de dix mètres de la murette, les dissidents se rapprochent à une rapidité prodigieuse, tout en nous soumettant à une fusillade de plus en plus nourrie.Ils parlent très fort, s’interpellent de loin comme des gens sûrs de la victoire, pour lesquels toute précaution est désormais inutile.

A faible distance derrière eux viennent les femmes. Elles ont apporté les bols de henné dont leurs mains sont teintes, et des couteaux. Echevelées, les vêtements en lambeaux, furies déchaînées, réfractaires à la peur, le visage barbouillé de boue, elles hurlent des imprécations et se griffent les joues afin que la vue du sang excite encore plus les combattants. On les aperçoit parfois à l’œil nu entre deux rochers, car elles ne se cachent pas. Si un homme recule, elles le saisiront et leurs mains le marqueront aussi sûrement qu’un fer rouge. Après le combat, toute la tribu saura qu’il a reculé devant l’ennemi. Quant aux couteaux, nous n’ignorons pas les mutilations que ces sauvagesses nous feront subir si nous tombons entre leurs mains.
Sans arrêt des balles sifflent et claquent autour de nous. Parfois un gros « ronron » marque le passage d’une de ces énormes balles de plomb tirées par les fusils à pierre, qui font dans les chairs des tous gros comme le poing.

Le vacarme est infernal. Les dissidents sont bien armés et, malgré nos énormes moyens, ils se rapprochent encore et font feu aussi vite qu’ils le peuvent.

Tous les gens valides du camp sont aux murettes, même les muletiers. On se bat pour sa peau. Il n’y a qu’une alternative : repousser les dissidents ou être tués. Les prisonniers sont suppliciés, tout le monde le sait ; les femmes ont été emmenées pour cet office.

–    Tiens, fils de chienne, attrape, lancent les tirailleurs, et les grenades volent.

–    Que Dieu te fasse brûler vif et rende aveugles ton père et ta mère, leur répond-on.

Des blessés arrivent ; blessures légères : certains repartent une fois pansés. Le premier tirailleur blessé veut retourner au combat : « Ah les maquereaux, les fils de pute, si au moins je pouvais en pendre un à un arbre et l’étriper… Toubib, laisse-moi partir ! » Je le laisse partir.

18h – La fusillade s’étend au nord, loin du bivouac. Un sergent a placé de ce côté deux mitrailleuses en batterie sur une crête, à l’abri de petits rochers, afin de protéger ceux qui doivent rentrer. Enfin les voilà ! Convoi de munitions, corvée d’eau, section d’escorte, goumiers… intacts. Le moral devient meilleur.

Deux tirailleurs en portent un autre dont les vêtements sont rouges de sang. Une balle a pénétré dans son côté droit, puis passant sur la face antérieure de sa colonne vertébrale, est ressortie par l’épaule gauche. Comment n’est-il pas mort sur le coup ? Cependant, il parle. On l’étend sur un brancard et on le couvre. Une sueur froide glace son visage, son pouls n’est déjà plus perceptible.

Le poste de secours se remplit : neuf blessés maintenant. Certains repartent une fois pansés. La murette nous protège admirablement : il s’agit pour la plupart de blessures légères, par ricochet. Nous travaillons accroupis. Une grosse balle de plomb vient s’écraser sur l’une des caisses médicales qui bordent notre abri.

La nuit tombe et soudain le combat redouble de violence. Les dissidents se rapprochent encore. Ils sont même si près que nous nous attendons à tout moment à les voir bondir à la murette pour attaquer au couteau, en masse. Mortiers, grenades, sans parler de la mousquetterie et des mitrailleuses, tout part en même temps. Les obus s’envolent dans un bruit de sirène et décrivent de grandes traînées rouges. Quelle débauche de munitions ! Pourrons-nous tenir longtemps ainsi ? Maintenant, tirailleurs et dissidents s’injurient et se fusillent presque à bout portant. En bas, sur le front de la 2° compagnie, on voit des hommes se dresser, tirer, lancer des grenades et recommencer. Personne ne mollit.

Bombardement

19h30 –  La fusillade se ralentit de part et d’autre. Nous sommes convaincus que les dissidents attendent que la nuit soit déjà avancée pour tenter un nouvel assaut. Les nôtres veillent. Parfois ils croient voir des fantômes approcher et le feu reprend.

–    Economisez vos munitions, ne tirez qu’à coup sûr, répètent les officiers.

Des dissidents chantent tout près de nous. On dirait une prière, une sorte de litanie que l’écho renvoie.Leurs femmes poussent de temps à autre des youyous suraigus, et la nuit amplifie les bruits.

–    On vous aura, chien de Roumis, aujourd’hui ou demain. On vous aura, crient-ils.

Et à l’adresse des tirailleurs :

–    Vendus aux Roumis, vous n’êtes plus des musulmans, vous êtes des traîtres, pire que des Juifs. Venez un peu vers nous, lâches !

Les blessés sont soigneusement couverts. On a administré des calmants au pauvre malheureux mortellement atteint. C’est hélas tout ce que nous pouvions faire pour lui.

Les canons du Tadla ouvrent un feu nourri sur le Tazigzaout et dans les ravins autour de notre bivouac. Cela sert-il à quelque chose ?

Dans le bivouac et aux alentours, les bruits cessent. Mais le Tazigzaout s’emplit alors d’une rumeur immense, qui nous parvient, tantôt forte, souveraine, tantôt faible, selon le vent. Les chiens hurlent à la mort. Que signifie cette rumeur ? Est-ce le ralliement de tous ceux qui vivent là-haut pour l’assaut suprême qu’ils vont nous livrer ? Ou bien sont-ce des cris de désespoir, des pleurs, des lamentations qui grandissent au fur et à mesure que sont connues les pertes subies ? De rares coups de feu trouent la nuit noire. Les nôtres ne tirent pas.

Nous avons l’impression que les dissidents se sont rassemblés face à notre front sud, très nombreux, de plus en plus nombreux, et qu’aucun n’a fui. Nous ne les voyons pas mais sentons leur présence. Nos soldats retiennent leur souffle pour mieux écouter. C’est angoissant et tragique, ce face-à-face dans la nuit de ceux qui vont se prendre à la gorge et se poignarder .

Nous attendons. Je trouve le commandant dans la guitoune du capitaine de la 10° compagnie. On pense que l’assaut sera donné après neuf heures. On me propose de manger. Je n’ai pas faim.

21h30 – Je me rends au sud de l’extrême pointe du bivouac, là où sont les groupes de mitrailleuses, les mortiers et où, pendant le jour, on voit le moindre repli de la montagne.Toujours la même rumeur en face de nous dominée par la voix aiguë des femmes. Devant le parapet, en dehors du camp, un petit chien, celui d’un sous-officier aboie par intermittence.

Couchés, baïonnette au canon, et une seule cartouche dans le fusil, sur trois rangs en profondeur, la section hors-rang et tous les muletiers du bataillon sont là. C’est la suprême réserve, ils embrocheront ceux qui arriveront jusqu’ici.

Un officier me montre sur la droite un rocher dont l’ombre se découpe.

– Ils sont derrière ce petit promontoire. C’est à partir de là qu’ils vont essayer de sauter le mur.

Dans le camp le silence est absolu mais l’énervement est sensible. Qu’on en finisse !

Soudain, à vingt mètres de nous, de l’autre côté du mur, des cris, des appels, un véritable bruit de foule. L’assaut en masse que nous craignions, se produira au point où nous l’attendions. Nos percevons chaque syllabe prononcée par les dissidents. Des grenades volent. Vite ils se taisent. Lorsqu’ils approchent, le petit chien noir recule et aboie de plus belle. Brave petit chien, aussi utile pour nous que le furent pour Rome les oies du Capitole !
Les dissidents qu’il gêne beaucoup voudraient le faire taire et tirent plusieurs coups de feu pour l’abattre, en vain.

Une voix dit en français :

–    Loulou, viens ici !

Une autre, en français toujours, mais avec l’accent des faubourgs :

–    Mon adjudant, mon lieutenant, c’est pour votre gamelle qu’on vient ! On l’aura, votre gamelle !

Le lieutenant Pechery, perché sur un parapet, réplique :

–    Allons viens, mignon ! » et il lance des grenades.

Tout à coup, les femmes poussent des cris effrayants, des youyous dont le rythme se précipite. On entend « A mort, chiens ! on vous tient ! » et ils s’élancent. Notre réplique est brutale, intense, immédiate. Grenades, mortiers, mitrailleuses, tout part à la fois. Nous sommes au milieu d’un feu d’artifice. Cela dure une minute, puis plus rien. Seul le petit chien aboie toujours, et il s‘éloigne, poursuivant les dissidents, qui reculent. Quelques balles sifflent encore, puis le silence dans le camp devient total.Seuls persistent la rumeur lointaine dans la montagne et, autour de nous, des chuchotements, parfois la voix aiguë d’une femme. Il faut veiller, rester prêt. Je m’installe pour dormir au poste de secours, à côté de mes blessés, et m’enroule dans une couverture contre mes infirmiers.

Minuit – Les blessés reposent. Le malheureux à la poitrine transpercée râle. Il exhale un souffle profond, bruyant, monotone. Je suis couché à deux mètres de lui. Je pensais qu’il ne passerait pas la nuit, cependant, son râle d’agonisant me tient en éveil jusqu’au matin. Je n’ose écrire sa fin lamentable. Transporté le lendemain sur une litière, à dos de mulet, pour gagner l’ambulance, il glissera et tombera sur un rocher, son dos percutant l’arête dure. Qui accuser ? Mulet ? Piste ? Litière ? Convoyeur ? Je le savais perdu, mais il faut croire au miracle…

Mekki

    25 août – 6h du matin – Lendemain de victoire ? Qui sait ? Nous avons repoussé deux assauts, mais peut-être sommes-nous encerclés ? S’il en est ainsi, sans ravitaillement, sans corvée d’eau possible, nous serons obligés de battre en retraite dans cette montagne où il n’y a que rochers, ravins et forêts, en combattant dans les pires conditions. Certains sont pessimistes.

Aux créneaux, aux bastions, les officiers fouillent le terrain à la jumelle. Personne, pas un bruit. Des goumiers font des reconnaissances et reviennent sans accroc. Pas davantage de dissidents sur la face est : nous pourrons donc aller à la corvée d’eau. Par contre, au sud, sur les positions que nous occupions la veille, nous voyons distinctement des fusils dépasser des murettes que nous avions faites. Si on nous donne l’ordre de retourner là-bas, il faudra se frayer un chemin à la grenade et à la baïonnette.

Nos défenses étaient inachevées faute de temps. Cette fois, c’est sérieux, nous nous retranchons, et fiévreusement, chaque homme travaille. Les uns arrachent des pierres, les autres les portent, d’autres bâtissent. On entasse de la terre sur les parapets et on aménage des créneaux couverts, tandis que des murettes transversales pour protéger des coups d’enfilade sont commencées un peu partout. Quelques balles tirées de loin claquent encore sur le bivouac. On se prépare à assurer la corvée d’eau.

Le lieutenant Barrou revient de reconnaissance. Il parle avec de grands gestes. Un cercle se forme autour de lui.

–    Qu’est-ce qu’ils ont pris ! Ca c’est du beau travail ! Mon commandant, il y a du sang partout !

Des blessés ont peut-être été oubliés sur les pentes. Je sors avec Barrou et le commandant.

A chaque pas des flaques de sang ; sur les pierres, sur les feuilles, sur la terre où elles font des tâches noires.En face du groupe de mitrailleuses nord-est, sur un rocher, les dissidents avaient fait de petits abris avec de grosses pierres et des troncs d’arbre. On dirait qu’on a saigné des bœufs. Un chapelet nage au milieu du sang. Un véritable ruisselet noir part de là et coule dans les rochers. Plus loin, un morceau de crâne est plaqué contre un arbre. Et encore des flaques de sang : elles se touchent presque sur cette crête. Les murettes sont démolies par les obus de mortier et les grenades dont on retrouve les éclats. Dans le bois, un peu en arrière, les branches, les feuilles sont hachées par la mitraille. Par endroits, on voit des traînées rouges de plus d’un mètre. Mais pas un cadavre, pas un blessé. A la faveur de la nuit, les dissidents les ont tous enlevés. On suit à la trace, sur le sentier qui descend, le passage des blessés et des morts.

Dans le Tazigzaout,  de petits attroupements de femmes se forment à mesure que le temps passe. Les blessés légers et les femmes ramènent, chargés de cadavres et de blessés graves, les mulets et les ânes qui devaient ramener les dépouilles des vaincus. Toujours il en arrive. On sait maintenant l’acharnement de la lutte, l’issue indécise et les pertes subies. Des youyous éclatent. Comment reconnaître parmi ces loques humaines, ces yeux révulsés, cette tête sans visage, celui qu’ils chérissaient et qui était parti quelques heures plus tôt, fier de son beau mousqueton qu’il avait payé de tout son troupeau, jurant qu’il allait rapporter les dépouilles de ces lâches qui n’osent pas regarder les hommes libres de près. Pauvres gens qui avaient cru leurs apprentis sorciers !

–    Ah ! Chiens de Roumis !

C’est un concert de malédictions, de cris, aussi d’imprécations contre les mauvais bergers qui ont poussé à cette résistance sans issue, et aujourd’hui à cette attaque insensée.

– Qu’on en finisse ! Allons trouver les Français. Les autres Berbères vivent bien avec eux ; ils osent même nous combattre et ce sont les plus acharnés ! Voyez comme ils sont gras ! Ils ont de beaux troupeaux, leurs garçons et leurs filles chantent et dansent le haïdous, tandis que, depuis des années, nous nous cachons comme des chacals dans les rochers et les fourrés, avec souvent, pour toute nourriture, des baies de genièvre et des grains d’orge ! Nous grelottons la nuit, les membres de nos enfants bleuissent en hiver ? C’est assez !

Les sanglots, les lamentations dureront jusqu’à l’aube.  Alors, les exhortations à la résistance reprendront.

–    Il faut se soumettre à la volonté de Dieu, il n’abandonnera pas les siens.Les Roumis ont subi plus de pertes que nous et ne se lamentent pas. Faisons comme eux. Ils finiront par partir. Courage mes frères, aujourd’hui nous sommes tous rassemblés : qui pourra nous vaincre ? Des présages qui ne trompent pas montrent que c’est ici que nous serons vainqueurs.

Le siège du Tazigzaout durera encore quatorze jours de bombardements, de mitraillades, de combats. Comme une peau de chagrin, la dissidence se rétrécira sous nos yeux. Un jour les légionnaires s’emparent de l’extrémité ouest de la grande crête du Tazigzaout et y plantent leur drapeau. Des contre-attaques se succèderont pour reprendre cet éperon rocheux qui domine le pays. Mais les légionnaires les repousseront à la baïonnette et en resteront maîtres . C’est au cours de ce combat que mon ami le lieutenant Anthoine sera tué d’une balle en plein front.

Un jour les dissidents marquent un point. Nos troupes s’étaient emparés d’un piton très boisé adossé au flanc nord du Tazigzaout et que nous appelions le Piton des Cèdres. Les dissidents contre-attaquent, reprennent cette position et la conservent un temps. Succès sans lendemain.

Au sud-ouest de Tazra, deux longues crêtes parallèles aboutissant au confluent de l’Agheddou avaient été garnies de petits blockhaus par les dissidents. Après une intense préparation d’artillerie, les guerriers zaïan d’Amaroq nettoieront chaque trou à la grenade.

Tous les matins, nous prenons, sans être inquiétés, notre position à l’extrême pointe de Tazra, au-dessus du rocher. Nous allons là comme au spectacle.

9 septembre –  La dissidence n’occupe plus que le grand ravin du Tazigzaout. A peine déborde-t-elle de quelques centaines de mètres sur les rochers. Comment ces pauvres gens peuvent-ils encore tenir, entassés dans des trous creusés entre les racines des cèdres ou sous des rochers ? Hommes femmes, enfants, serrés là tout le jour, les uns contre les autres à étouffer, attendant fiévreusement la nuit pour courir à l’oued remplir une guerba et faire pacager les quelques moutons qui leur restent ? La pestilence est telle au milieu de tous ces cadavres d’hommes et d’animaux à demi-enterrés que l’odeur de charogne monte jusqu’en haut du Tazra.

Dès l’aube, nous devenons spectateurs d’un combat qui se déroulera sous nos yeux, à quelques centaines de mètres, et dont nous allons suivre intensément les péripéties. Tôt, le bombardement du grand ravin commence. Il se poursuivra sans répit. Le canon tonne comme jamais encore il n’a tonné, plusieurs batteries tirent en même temps, arrosant tous les replis de la montagne qui disparaît dans un nuage de poussière. Tirs de harcèlement, puis tirs de barrage avec des obus fusants, devant les vagues d’assaut. Il est précis, rapide et semble très efficace. Derrière lui, la cavalerie des Zaïan d’Amaroq charge avec des musettes de grenades en guise de sabre. En un clin d’œil elle a nettoyé les abords de l’oued et les petits ravins qui aboutissent au confluent, puis, fait inouï, elle s’élance au galop dans le grand ravin, le sanctuaire inviolé, sous le feu des dissidents, et le remonte ! Des fantassins suivent en courant, par petits groupes, et s’égaillent à droite et à gauche pour nettoyer les abords. On se croirait revenu aux charges héroïques d’antan. Le spectacle nous coupe le souffle.

C’est l’hallali. Les Zaïan occupent le tiers inférieur du ravin et progressent toujours. Le feu redouble, d’autres cavaliers arrivent, suivis de colonnes de fantassins. Rien ne les arrêtera.

Tout à coup, vers dix heures, les canons se taisent, la fusillade cesse, la fumée se dissipe et on voit les cavaliers redescendre paisiblement le ravin, regagner l’oued et s’en aller – sans oublier d’emporter les troupeaux razziés. Est-ce la fin ?

A onze heures trente nous déjeunons. Un message transmis par signaux optiques arrive : « Pourparlers de soumission engagés. Cessez-le-feu jusqu’à quatorze heures » .

Un peu plus tard nous voyons, au sommet du grand ravin, un vieillard d’aspect majestueux, vêtu d’un ample burnous blanc et d’un volumineux turban, s’avancer au milieu d’un petit groupe d’hommes et descendre lentement vers le bas de la vallée. On lui amène un cheval ou une mule. Au fur et à mesure qu’il avance, des groupes nombreux sortent de caches dont nous ne soupçonnions même pas l’existence et se précipitent pour baiser sa main ou le pan de son burnous. C’est Si El Mekki, le chef incontesté des dissidents qui, au nom de tous, va se soumettre à Amaroq et au général de Loustal.

Tout est fini. Il ne restera plus à pacifier, l’année suivante, que les contreforts sud du Haut Atlas, et l’Anti Atlas.

***

Avant les combats du Tazigzaout, j’étais convaincu qu’en soumettant les dissidents au gouvernement central, nous accomplissions une oeuvre humanitaire. N’allions-nous pas ramener les brebis égarées dans le droit chemin, les initier à notre civilisation, leur faire profiter de ses bienfaits ? Après la pénurie immémoriale qu’ils connaissaient, l’abondance et la sécurité que nous leur offririons leur paraîtrait le paradis !

Ce que je venais de voir modifia mon point de vue.

Si, malgré les bienfaits matériels palpables que nous apportions aux nouveaux soumis, la justice égale pour tous, le respect de leurs croyances, de leurs mœurs, de leurs coutumes – faits que les dissidents ne pouvaient ignorer – non seulement ils ne se soumettaient pas mais nous opposaient une résistance farouche, c’est que notre conception du bonheur, liée au bien-être matériel et à la sécurité, n’était pas valable pour eux.

Quel idéal valait toutes les souffrances, les privations, les pertes matérielles et humaines endurées depuis seize ans de luttes incessantes et comment cela pouvait-il encore être assez fort pour leur insuffler l’indomptable courage dont nous avions été témoins ?

Ce que les Berbères défendaient, ce n’était pas, malgré les apparences et les imprécations des fquihs, un idéal religieux, auquel nous ne portions d’ailleurs pas atteinte, non, c’était leur liberté, leur vie de pasteurs nomades dans leurs montagnes, sans autre servitude que celle du soleil, de la pluie ou de la neige. Peu leur importaient les chemins, les écoles, le médecin, le confort. N’avaient-ils pas toute la nature à leur disposition, le lait de leurs brebis, le miel de leurs abeilles, l’orge de leur petit champ et la laine de leurs toisons pour confectionner leurs vêtements et leurs tapis ? Que leur fallait-il de plus ? Ne se déplaçaient-ils pas à leur guise, au gré des saisons, de leur montagne à la plaine, sur les chemins de transhumance de leur tribu ? Qui venait les importuner, leur demander des comptes ? Personne. Les anciens réglaient les litiges et les difficultés quotidiennes. Les riches, suivant les préceptes du Coran, aidaient les plus pauvres, à la mesure de leurs moyens. Tout était bien ainsi. D’ailleurs, Dieu est le maître, c’est Lui qui octroie le bonheur et le malheur ; prions-le et soumettons-nous à sa loi car nous ne pouvons la changer.

Or, à la place de cette quiétude qui remet tout souci aux mains de la Providence, de cette vie simple réduite au nécessaire, de cette liberté véritable, nous allions apporter avec notre superflu et nos soi-disant progrès – qui créeraient aussitôt chez eux des besoins qu’ils n’avaient pas -, l’engrenage infernal de nos contrôles et de nos contraintes, fleurons de la civilisation moderne. Et ce sera irréversible, car on ne peut jamais s’en libérer.On a beau se battre pour que cela change, on ne peut que changer d’étau.

Leur avons-nous ainsi rendu service ? Je ne le crois pas. Seront-ils plus heureux ? Certainement non.

Les photos ont été prises de : http://www.francisboulbes.com/

Lu pour vous : Thami El Glaoui : Le pacha qui aurait pu être roi

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Cet article publié par le magazine Tel Quel traite d’une infime partie de l’histoire de notre région. Presque toutes les informations qui y figurent sont tirées de l’excellent livre de Gavin Maxwell, « El Glaoui dernier seigneur de l’Atlas ». Pourtant, des hommes qui ont souffert dans leur chair à cause de Thami El Glaoui sont toujours vivants. Nous avons besoin d’un regard nouveau sur l’histoire de notre région. Il doit émaner des nôtres qui doivent couper avec la politique du silence. Article : 

Thami El Glaoui

L’histoire de Thami El Glaoui s’apparente à une success-story. Celle de l’ascension d’un chef de tribu lambda, petit-fils d’un marchand de sel. Un seigneur féodal qui, au final, a déposé deux sultans et marqué de son empreinte l’histoire du Maroc. Un roi, à sa manière.

A la fin du 19ème siècle, le sultan Moulay Hassan ne dirige qu’une partie du pays. Si son autorité s’exerce sur blad Makhzen, les territoires au-delà des contreforts de l’Atlas sont trop loin du pouvoir central basé à Fès pour que le souverain y ait une quelconque influence. C’est blad siba, pays des tribus rebelles, promptes à défier l’autorité du sultan. Les prédécesseurs de Moulay Hassan ont tous dû mener régulièrement des campagnes militaires pour les ramener dans leur giron. C’était, qui plus est, le seul moyen  de percevoir l’impôt et renflouer les caisses vides des Alaouites. Le sultan, ruiné et en quête de fonds,  n’échappe pas à cette règle de gouvernance. C’est ainsi qu’à l’automne 1893, Moulay Hassan, à la tête d’une harka partie en expédition dans le Tafilalet, revient par la vallée du Dadès. Ses troupes sont harassées, la campagne a été rude et les morts de faim et de froid nombreux. Telouet —fief des Glaoui près de Ouarzazate— est un lieu de passage obligé pour le sultan. Madani, le frère aîné de Thami El Glaoui, voit là une occasion à saisir pour être bien en cour. En 48 heures, il fait pression sur ses vassaux pour qu’ils rassemblent moutons, chèvres, mulets et chevaux et organiser un accueil triomphal à Moulay Hassan. Madani et Thami, alors âgé de 15 ans, vont à la rencontre du sultan pour lui présenter leurs hommages. Madani se prosterne devant Moulay Hassan et, le front touchant le sol neigeux, lui déclare : “Seigneur tout puissant, daignez accepter le peu que votre esclave peut vous offrir”. Un doux euphémisme. Alors que les troupes du sultan meurent de faim depuis des jours, les frères Glaoui leur organisent un banquet où les plats se succèdent. Ils réussissent l’exploit de nourrir 3000 hommes en campagne, “un rêve extravagant”, selon l’expression de Gavin Maxwell, auteur d’El Glaoui dernier seigneur de l’Atlas. Moulay Hassan, pour récompenser Madani de son accueil, en fait son calife personnel pour toute la région.

Par la grâce d’un banquet, les Glaoui gagnent le commandement de toutes les tribus entre le Haut-Atlas et le Sahara. Moulay Hassan ne se contente pas de leur mettre le pied à l’étrier dans leur ascension vers le pouvoir. Le sultan offre aux Glaoui, en plus d’armes modernes, un canon Krupp qu’il transportait avec lui pendant la harka. Les Glaoui se retrouvent ainsi en possession de la seule pièce d’artillerie lourde de tout le Maroc, exception faite de l’armée chérifienne. L’effet est immédiat sur les tribus voisines. Les Glaoui étendent leurs possessions en menant leurs propres harkas dans le sud. Et “partout où le canon de bronze entrait en action, il y avait des châteaux détruits et des têtes coupées. Dans certains cas, la simple menace du canon ou d’autres armes secrètes dont on soupçonnait l’existence dans l’arsenal de Telouet suffisait à assurer la soumission d’un ennemi puissant”, raconte Gavin Maxwell.

Seigneur de guerre

A coup sûr, le canon offert par Moulay Hassan est le petit plus qu’attendaient les Glaoui. Cette arme destructrice leur permet de consolider leur position privilégiée parmi les caïds de l’Atlas. Ils avaient déjà du poids parmi cette confrérie de dominants, puisque leur fortune n’était pas bâtie uniquement sur le pillage. Ils possédaient une mine de sel prospère et accueillaient les caravanes de dromadaires en provenance du Sahara, du Soudan, de Mauritanie, de l’intérieur du Maroc et des grandes oasis du désert. La demande en sel étant plus forte que l’offre, les Glaoui s’offraient le luxe d’augmenter le prix du sel et la taxe sur les caravanes à leur guise. Une famille riche en somme, en possession du nerf de la guerre, à qui il ne manquait que la puissance des armes pour faire la différence et accentuer leur pouvoir. Avant le canon Krupp offert par Moulay Hassan, les Glaoui ne pouvaient rassembler que 2 à 3000 guerriers montés. Le cadeau royal leur donne une autre stature.

Thami El Glaoui est adoubé en 1901 lieutenant de son frère aîné Madani. Ce dernier lui confie la charge sensible de prendre la dernière forteresse refusant la domination totale des Glaoui sur le sud du Maroc. Agé d’à peine 21 ans, Thami part à la tête de 2000 hommes à l’assaut de la dernière poche de résistance. Il fait tirer 30 salves contre la forteresse en dissidence et, au passage, fait couper plusieurs têtes, exaspéré par la résistance qu’on lui oppose. On pourrait juger cette série de décapitations comme un signe de cruauté chez Thami, mais à l’aune des mœurs guerrières de l’époque, il faut la relativiser, juge Gavin Maxwell. Thami El Glaoui, en tant que seigneur de guerre, ne doit faire preuve d’aucune pitié, au risque de passer pour faible aux yeux de ses opposants.

Durant le règne du sultan Moulay Abdelaziz, successeur de Moulay Hassan, Madani et Thami El Glaoui décident en 1902 de se rappeler au bon souvenir du Makhzen en participant à la harka contre Bou Hmara, qui s’est autoproclamé sultan à la place du sultan. Les guerres de répression et de consolidation de leur pouvoir avaient entraîné les Glaoui loin au sud et à l’est de l’Atlas. “Beaucoup trop loin du trône” pour qu’ils puissent recevoir leur “juste part des faveurs impériales”, souligne Gavin Maxwell. La campagne des Glaoui contre Bou Hmara se solde par un échec militaire, mais ils marquent le coup en montrant leur fidélité au sultan régnant.

Courtisans armés

Madani et Thami El Glaoui jugent cependant l’accueil de Moulay Abdelaziz glacial à Fès, à l’aune des sacrifices faits pour consolider son trône. En tous les cas, loin du faste qu’ils pensent leur être dû, vu leur puissance au sud du royaume. Frustrés dans leurs ambitions, Madani et Thami sont convaincus qu’il faut déposer le sultan Moulay Abdelaziz. Les deux frères se savent en position de force, d’autant que le sultan régnant est en partie ruiné à cause de ses dépenses extravagantes en jouets et gadgets occidentaux. L’époque des “commis voyageurs”, expression de l’époque pour définir tous les marchands plaçant au prix fort leurs gadgets auprès du sultan, bat son plein. Eux, de leur côté, se sont enrichis, alors que, croulant sous les emprunts étrangers, Moulay Abdelaziz a hypothéqué son trône. Madani décide alors de jouer la carte Moulay Hafid, frère aîné du sultan régnant, qu’il soutient dans sa prise du trône. En novembre 1907, Madani El Glaoui et Moulay Hafid marchent sur Fès à la tête de 40 000 guerriers sous les ordres du Glaoui. Moulay Abdelaziz accepte sa défaite et se retire à Tanger.

L’empire des Glaoui est désormais établi. “Il y avait tout juste quatorze ans que le sultan Moulay Hassan, peu de temps avant sa mort, était passé par Telouet et avait fait don d’un canon de bronze à un chef de tribu insignifiant”, souligne Gavin Maxwell. Or, le chef de tribu insignifiant était devenu en moins d’une génération ministre de la guerre, puis grand vizir de Moulay Hafid. “Ce dernier titre faisait de lui un véritable dictateur administratif, qui gouvernait tout le Maroc au nom du nouveau sultan”, assène Gavin Maxwell. Madani El Glaoui assure son pouvoir au sud, pourvoyant tous les postes de caïds en piochant dans les membres de sa famille. Thami El Glaoui, son benjamin, est ainsi nommé pacha de Marrakech, placé au sommet de la hiérarchie au sud du Maroc. Le pouvoir des Glaoui, concrétisé par leurs possessions, s’étend désormais sur un tiers du Maroc. Ce qui n’est pas sans inquiéter Moulay Hafid, qui craint que les deux frères ne décident de fonder leur propre état. Sans doute pour calmer l’ambition des Glaoui, le sultan s’allie maritalement avec eux. Moulay Hafid prend comme première épouse la fille de Madani, qui, de son côté, épouse une fille du souverain. Thami, lui, fait un échange de filles avec El Mokri, ministre des Finances et à la tête d’une des familles les plus puissantes du royaume.

Créature de Lyautey

Thami El Glaoui participe en chef de file à la pacification du Maroc pour le compte du protectorat. Lyautey, qui instaure une politique des caïds pour conquérir les territoires encore en dissidence, s’appuie largement sur le pouvoir du pacha de Marrakech. Ce dernier mène ainsi plusieurs expéditions pour instaurer l’ordre français dans le Moyen-Draâ, le Dadès et le Todgha entre autres. A la mort de Madani, son frère aîné, en 1918, Thami El Glaoui se voit récompenser par Lyautey qui l’adoube seul héritier de l’empire Glaoui. Un échange de bons procédés, comme l’explique Yvonne Samama dans son étude sur le pacha de Marrakech : “Si la puissance de Madani était liée au roi auquel il avait fait allégeance, celle de Thami était directement attachée au Protectorat dont il tira un grand bénéfice. Les Français avaient besoin d’un intermédiaire fort qui se faisait respecter et sur lequel ils pouvaient compter dans un pays sujet à la dissidence (blad siba, ndlr)”.

A l’époque où Thami El Glaoui prend possession de l’héritage de son frère, il possède de fait “un pouvoir plus grand que celui du sultan lui-même, qui, d’après les conventions du protectorat, était privé de tous ses ministres”, constate Gavin Maxwell. Tel était le rapport de forces entre El Glaoui et son supposé souverain, celui d’un roi privé de ses pouvoirs régaliens face à un puissant pacha qui sait tout devoir à Lyautey. El Glaoui déclare d’ailleurs au résident général au moment de son départ du Maroc en 1925 : “Qui que ce soit qui vous remplace, vous seul resterez toujours mon maître”.

En 1928, le Maroc est pacifié en très grande partie grâce à Thami El Glaoui. Cette année symbole est marquée par la visite du résident général Steeg dans le sud. Le pacha de Marrakech rameute plus de dix mille guerriers pour accueillir un cortège de voitures aux couleurs de la France qui, pour la première fois, va traverser le col du Tizi n’ Tichka et entrer en fanfare dans l’arrière pays tenu par le tout-puissant Glaoui. “Ces milliers de montagnards, endurants et téméraires, que les troupes du Makhzen auraient mis des années à soumettre par la force, la collaboration du Glaoui les a acquises à la France sans combat”, souligne Georges R. Manue dans Sur les marches du Maroc insoumis.

Le pacha prédateur

Dans les années 1930 et 1940, Thami El Glaoui est au summum de sa gloire. Un dicton populaire affirme que “les paroles du Glaoui brisent les pierres”. Il est devenu un véritable mythe en Europe aussi, un homme auquel s’attache “une image de splendeur, de merveilleux oriental, avec laquelle même les fastueux maharajahs de l’Inde ne pouvaient rivaliser”, souligne Gavin Maxwell (voir encadré p.50). Thami El Glaoui se rend souvent en Europe avec une suite considérable et une partie de son harem. “Peu à peu, il en vint à créer ainsi ce qui fut appelé ‘la tribu des Glaoua de l’oued Seine’, c’est-à-dire un clan de Français de la métropole, qui le considéraient comme un demi-dieu”, illustre Maxwell.

Pour financer son train de vie extravagant, le Glaoui accapare tous les marchés du sud, avec un monopole sur le chanvre, les oranges, les olives, le safran, les dattes et la menthe. Thami El Glaoui est aussi le propriétaire d’une multitude d’entreprises commerciales, acquises grâce à sa coopération avec la politique française d’exploitation des ressources du Maroc.

C’est ainsi qu’il est président honoraire de l’Omnium Industriel du Maghreb (sucre, savon, thé) sans avoir déboursé un centime, président d’une société minière exploitant le cobalt, président d’une société chimique et métallurgique et vice-président de l’Hygienic Drinks Compagny of Casablanca, distributrice de Coca-Cola au Maroc. El Glaoui a un pied dans tous les secteurs économiques. Il est, entre autres, président de l’Omnium nord-africain, plus connu comme ONA, et contrôle donc la majeure partie des concessions minières du pays. Thami El Glaoui investit aussi dans le 4ème pouvoir pour mieux asseoir son emprise. Il prend le contrôle financier de quatre des cinq quotidiens de la place : Le Petit Marocain, La Vigie marocaine, Le Courrier du Maroc et l’Echo du Maroc. “Cette combinaison du pouvoir et du contrôle absolu de la presse prit une énorme importance lorsque Thami El Glaoui entreprit de détrôner son sultan (le futur Mohammed V, ndlr)”, écrit Gavin Maxwell.

Rébellion contre Mohammed V

A l’orée des années 1950, le protectorat veut se débarrasser de Mohammed Ben Youssef, qui refuse de condamner les visées indépendantistes de l’Istiqlal. Tout naturellement, ils utilisent leur allié de toujours, Thami El Glaoui. La veille de l’Aïd Al Mawlid, en 1950, le pacha de Marrakech, venu se prosterner devant le futur Mohammed V comme le veut la tradition, se voit confier par les Français la mission de lui remonter les bretelles pour son soutien à l’Istiqlal. Le sultan, mis au courant des intentions du pacha de Marrakech, le fait attendre et l’accueille après les membres du parti nationaliste, alors que jusque-là le Glaoui était toujours reçu en premier. En réponse aux plaintes du Glaoui, le souverain lui coupe la parole et déclare : “à partir d’aujourd’hui, vous allez modifier vos conceptions à ce sujet, car nous allons travailler à l’indépendance du Maroc”. Le Glaoui, furieux, lui rétorque : “Vous n’êtes que l’ombre d’un sultan ! Vous n’êtes pas le sultan du Maroc, vous êtes le sultan de l’Istiqlal !”. Suite à cet affront, Mohammed Ben Youssef fait savoir au pacha de Marrakech qu’il ne le recevrait plus et qu’il ne remettrait jamais les pieds dans aucun palais du sultan.

Thami El Glaoui jure alors de déposer le monarque et de l’humilier comme il l’avait été lui-même. Il organise la propagande contre la modernité des enfants du sultan Ben Youssef. Dans le collimateur, plus particulièrement, la princesse Lalla Aïcha, critiquée pour s’être affichée en maillot de bain, argument populiste pour demander la destitution de Mohammed V. Le quotidien France Soir publie une photo de la princesse en compagnie de Moulay Hassan, en maillot de bain sur la plage, avec une légende on ne peut plus explicite : “Cette photo a scandalisé les pachas et caïds du Maroc”.

En mai 1953, Thami El Glaoui passe à l’action. Il réunit 270 caïds et pachas qui demandent via une pétition publique la déposition du sultan. Le pacha de Marrakech tient enfin sa revanche. Au lendemain de l’exil de Mohammed V, Thami El Glaoui regagne Marrakech pour célébrer avec les caïds du sud l’Aïd El Kébir et, par la même occasion, la déposition du sultan qui, “par sa désinvolture bravache avait éclipsé celle de Moulay Abdelaziz par son frère Madani”, juge Gavin Maxwell.

Mais une fois Ben Arafa, son homme lige, placé sur le trône, le Glaoui s’inquiète de plus en plus de la situation politique du Maroc qui risque d’entraîner le retour du sultan déchu. Il demande l’assurance formelle aux résidents généraux -qui se succèdent à une vitesse record- que Mohammed V ne récupérera pas son trône. Le vent tourne, le Glaoui pas dupe le sent, comme il sait qu’il n’a plus prise sur les évènements. Homme de l’ancien temps, il n’a pas senti la montée du nationalisme, force nouvelle qui submerge le Maroc qu’il a connu et dont il n’a pas perçu à sa juste mesure l’importance. Il a toutes les raisons de s’inquiéter des attentats et manifestations organisées pour obtenir le retour d’exil de Mohammed V. Car le “Maroc aux Marocains”, si la revendication se concrétise, mettra fin à son pouvoir.

L’heure de la soumission

“Un mouvement pour l’indépendance du pays était inévitable, et l’indépendance signifierait non seulement la fin des Français au Maroc mais aussi la fin du royaume du Glaoui qu’ils avaient parrainé. La situation exigeait une habileté de gouvernement; Thami ne la possédait pas car, jusqu’à la fin de son règne en 1955, il ne pensa qu’en termes de remèdes traditionnels”, note à ce propos Gavin Maxwell. Le retour de Mohammed V au Maroc pour calmer l’agitation populaire est devenu inévitable. Le Glaoui, gangrené par un cancer, est obligé de l’admettre : son coup d’état a échoué.

Le 8 novembre 1955, Thami El Glaoui quitte Marrakech pour Paris où le sultan, de retour de son exil à Madagascar, règle les dernières questions avant de rentrer au Maroc en chantre de l’indépendance arrachée aux Français. Le sultan accepte de recevoir Thami El Glaoui en audience, mais il l’humilie. “Pour la première fois de sa vie, le pacha de Marrakech doit faire antichambre pendant une heure entière. Après avoir ôté ses souliers, Thami pénétra seul dans le salon où Mohammed V était assis sur un canapé. Il se mit à genoux, avança dans cette position jusqu’aux pieds du sultan, puis se prosterna le visage contre terre. D’une voix à peine perceptible, il supplia le sultan d’accorder sa miséricorde à un pauvre homme qui s’était écarté du droit chemin. On aida Thami à se relever, et il sortit à reculons, en chancelant”, raconte Gavin Maxwell.

Le 30 janvier 1956, Thami El Glaoui décède d’un cancer. Le pays sera indépendant dans quelques mois. “Le corps enveloppé dans un linceul de moire noire fut porté à bout de bras sur un brancard, cahotant au-dessus des têtes d’une foule immense. Dans cette multitude se coudoyaient Français et Marocains, notables et gens du commun, caïds et militants de l’Istiqlal, hommes et femmes, uniformes, vestons et djellabas. Le service d’ordre de l’Istiqlal collaborait vigoureusement avec la police pour canaliser cette marée et l’émotion étreignait aussi bien ceux que le pacha avait favorisés de ses largesses que ceux contre qui il avait longtemps sévi, car tous étaient conscients de la noblesse et de la grandeur du disparu”, raconte conciliant André Hardy, contrôleur civil du protectorat. Avec le décès du Glaoui, une époque s’achève, celle des grands seigneurs féodaux dont il fut le meilleur exemple. Une nouvelle ère s’ouvre, celle de la pleine-puissance du trône alaouite.

Suite sur le site de Tel Quel

Hassan Hamdani

Mémoire : Blindés de l’armée française à Goulmima, années 1930

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Blindés devant Ighrem n Igwelmimen, années 1930.

Un blindé de l’armée française en action. Ces engins de la mort avaient provoqué des dégâts énormes dans les rangs des résistants amazighs qui n’avaient d’armes que leurs vieux fusils et leur courage légendaire.

Un siècle de colonisation franco-arabe : Comment le Makhzen a bradé le pays amazigh en 1912.

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Les cent ans du Traité de Fès

Il y a cent ans naissait le protectorat franco-espagnol sur le Maroc à la suite d’une convention entre la France et le « sultan de Fès » Abd-el-Hafid. L’historien Pierre Vermeren revient sur cette page d’histoire dans L’Express.

Hafid trinque avec les colons français

Il y a cent ans, le 30 mars 1912, une convention était signée entre Eugène Regnault, ministre plénipotentiaire français à Tanger, et le « sultan de Fès » Abd-el-Hafid. Ainsi naît le protectorat franco-espagnol sur le Maroc, après des décennies d’activisme des deux puissances, l’occupation de vastes parties de l’Empire, une semaine de tractations, et 5000 soldats français sous les murs de la ville.

Accusé de trahison pour avoir livré le pays aux « chrétiens » à Algésiras, Abd-el-Aziz est déchu en 1908. Les tribus révoltées du Sud ont proclamé son frère Abd-el-Hafid. Mais le « sultan du djihad » n’a guère de marge de manoeuvre. Non que le pays soit livré à l’anarchie, comme le soutient le « Comité du Maroc » à Paris. Mais la régulation de l’Empire ne dépend que secondairement du Makhzen (ou palais impérial). La population et les tribus marocaines, aux trois-quarts berberophones, échappent au contrôle du sultan, dont la légitimité est d’abord invocatoire. Certes, il exerce son pouvoir sur 40 de médinas cernées de hauts murs, et sur la fraction du territoire appelée « bled makhzen ».

Le bled el-Makhzen, où la justice se vend, où l’injustice s’achète

Mais dans de sa « reconnaissance du Maroc », datant de 1883-84, Charles de Foucault décrit une situation médiocre: « Le bled el-Makhzen, triste région où le gouvernement fait payer cher au peuple une sécurité qu’il ne lui donne pas, où entre les voleurs et le qaïd, riches et pauvres n’ont point de répit; où l’autorité ne protège personne, menace les biens de tous, où l’Etat encaisse toujours sans jamais faire une dépense pour le bien du pays, où la justice se vend, où l’injustice s’achète, où le travail ne profite pas, ajouter à cela l’usure et la prison pour dette, tel est le bled el-Makhzen ».

« Pacification marocaine »

Encerclé et menacé par les tribus du Moyen Atlas, Abd-el-Aziz doit son salut à une intervention militaire française. L’occasion est trop belle pour lui imposer le traité (en 9 articles). Par cet acte, le sultan délègue ses droits régaliens. A son article 2, il stipule: « Sa Majesté le Sultan admet dès maintenant que le Gouvernement français procède, après avoir prévenu le Makhzen aux occupations militaires du territoire marocain qu’il jugerait nécessaire au maintien de l’ordre et de la sécurité des transactions commerciales et à ce qu’il exerce toute action de police sur terre et dans les eaux marocaines ». Ainsi s’ouvre la « pacification marocaine ». Entamée par Lyautey dès 1904 sur les confins, elle s’effectue désormais au nom du sultan chérifien. Elle dura 22 ans, jusqu’en 1934. « Aucune tribu n’est venue à nous sans avoir été préalablement vaincue par les armes », écrit le Gal A. Guillaume, évoquant les 340 tribus, et l’interminable « pacification » qui coûta 60 000 hommes à l’armée française.

De quel droit prenons-nous le Maroc? N’ajoutez pas, Messieurs, que c’est pour promouvoir la civilisation

A la Chambre, Jean Jaurès avait refusé de ratifier le traité: « Et d’abord, je vous demande de quel droit prenons-nous le Maroc? Où sont nos titres? On prétend que c’est pour rétablir l’ordre… N’ajoutez pas, Messieurs, que c’est pour promouvoir la civilisation… Il y a une civilisation marocaine capable de révolution et de progrès, civilisation antique et moderne… ». « C’est pour cela qu’au nom du droit bafoué, moqué mais qui est la grande réalité de demain nous protestons contre le principe même de ce traité de protectorat… ». Mais les logiques impérialistes à l’oeuvre se doublent des ambitions politiques et esthétiques du Gal légitimiste Hubert Lyautey.

Ayant observé le Maroc depuis l’Oranie voisine, il veut reconstruire un trône alaouite jugé vacillant. Sitôt le traité signé, des forces militaires makhzen se soulèvent et des tribus encerclent Fès et ses 100 000 habitants. L’acte signé par Regnault doit être détruit. Mais les tribus sont repoussées par la garde française. Le président du conseil, R. Poincaré, charge le 27 avril 1912 Lyautey d’appliquer le traité au titre de commissaire résident général (article 5). Celui-ci déclare à Casablanca le 15 mai 1912: « Je porte à la santé de Sa Majesté le sultan, souverain de ce pays, que j’ai avant tout, la mission d’aider à raffermir son autorité et à établir l’ordre de la sécurité. J’y apporterai tout mon dévouement et toute ma loyauté ».Mais Lyautey sous-estime la « lame de fond berbère » qui menace la dynastie alaouite, selon les mots du Gal G. Spillmann. Après cinq siècles de résistances aux impérialismes (portugais, espagnol, ottoman, français et britannique), l’appel au djihad est une tradition qui a toujours sauvé les libertés berbères et marocaines.

Le sultanat de ses rêves

Fin mai 1912, Lyautey est dans Fès. Les tribus du Moyen Atlas et du Rif envoient des milliers de cavaliers qui lancent l’assaut contre la capitale impériale. Seule l’aide française reçue d’Algérie et de Casablanca, début juin 1912, parvient in extremis à briser l’étau au prix de furieux combats. Le rêve du protectorat a failli sombrer. Mais déjà, un troisième soulèvement éclate dans le Sud, où le cheikh Ahmed El Hiba est proclamé chef du djihad à Tiznit le 3 mai 1912, puis sultan à Marrakech le 15 août. Les guerriers chleuhs et arabes sont repoussés par l’armée française.

Le sultan Abd-el-Hafid, sorti du piège de Fès, abdique au prix fort, laissant Lyautey choisir le sultan avec qui il va construire le sultanat de ses rêves.

Que reste-t-il de cette histoire un siècle plus tard ? Le Maroc est devenu un royaume en 1957, dont les règles de succession s’apparentent désormais à celles des Bourbons. Le rêve lyautéen d’une monarchie puissante, administrative et incontestée, est devenu réalité. Après avoir échoué à chasser Mohammed V, la France coloniale déclinante lui a remis un pays pacifié comme jamais depuis Moulay Ismaël (fin XVIIe siècle). Les tribus berbères ont perdu leurs libertés ancestrales, et les fils de chefs tribaux loyaux ont édifié l’armée marocaine. Les Rifains, qui ont échappé à cette normalisation, manquent de renverser l’édifice lors du la Guerre du Rif des années vingt. Puis à l’indépendance, ils tentent de recouvrer leurs libertés en 1958 et 1959, mais la sanction militaire est impitoyable.

En un siècle, le Maroc est devenu un autre pays, et les Marocains ont peu à voir avec leurs ancêtres. Vaincus, les berbères sont marginalisés. Même le rapport à l’islam a profondément changé en s’alignant sur le Moyen-Orient. Pourtant, dans les périphéries du pays, le feu couve sous la cendre en ces temps de crise économique impitoyable. Après Sefrou dans le Moyen Atlas en 2008, Laâyoune et Sidi Ifni au Sud en 2009, El Hoceima, Ajdir, Tanger, Nador et Taza dans le Nord, Tiznit et Dakhla ont grondé. L’écho de ces contestations, souvent violentes, parvient très assourdi en Europe. Mais il rappelle que le Makhzen n’en a pas fini avec ses insoumis, et que la question des libertés marocaines demeure posée.

Pierre Vermeren, historien du Maghreb contemporain Paris 1, dernier ouvrage paru, Misère de l’historiographie du Maghreb depuis 1962, Publications de la Sorbonne, Paris, 2012.

Lu pour vous : Quelques pages de « IΓED N TLELLI » *

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Tigira n dujanbir 1934,

Neffer g Tdafalt. Ku ass n ugdez ggzeγ γer Tinγir, fleγ-nn Umaxdac g taddart n yitsen yimeddukkal-nneγ γur neffer. Da ttekkaγ tasukin d yisaragen, kkeγ ammas n medden. Dinna kkiγ reẓmeγ imezgan ad isineγ acu ttinin yimezdaγ. Ad isineγ tineγmisin d-ttawin yibudraren d yimesdurar.

Tinγir tga tamdint tameẓẓant. Amm teglayt. Ineγmisen ittenyuddun ger medden, meqqar drusen, da zerrin seg yimi γer imejj, ard akw ttyissnen. Ku tikkelt, ar ttnadaγ mani g da ttγiman Yiṛumiyen, mayed ran, mayed ttinin d mayed msen yicekkamen-nnsen d mani g zedγen.

Yan wass, maḍleγ ad uγuleγ γer Tdafalt. Tafuyt teγli, asidd-nnes iḥri-t uzwu afessas d-ikkan anẓul. Udem n yigenna iqqen s tillas. Iṛmi. Tasukt d-kkiγ tetkar s medden. Tedwel amm teglayt. Kigan degsen beddan dat yan usasu ameẓẓan. Nmalaγ γer imi-nnes greγ tiṭ γer agensu. Ẓriγ-nn iserdasen n Fransa nitni d Waεraben, imxezniyen d Yisinigaliyen ar ssan aγisim. Taṭṣa-nnsen ar tessekmaḍ ul agensu n yidamren-inu. Ar i-tnebber adis d yiman. Qqimeγ ar ten-sniγiseγ. Llan mnidi. Ka da issa, ka da isawal, ka da itturar. Ka ibedda, ka iγwejdem. Qqimeγ ar ten-seksiweγ. Da d-tteffγen yiwen s yiwen neγ s tkabarin, zdin tawada γer teqcelt illan tama n usasu.

Aγuleγ-d γer iγrem, ul-inu ira ad d-inḍew. Nniγ i Umaxdac iγerden γef ugertil:

– Ixendallasen! Tarwa n yicentan! Iγed n Fransa!

– Ma k-yaγen?

Ulseγ-as mayed anniγ. Nniγ-as diγ: – Mmegrawen agensu n usasu n wuday. Kud ssan tteṭṣan. Mer ufiγ setγeγ ammas-nnsen ad ten-ssektutiγ!

– Ssmiḍ iman-nnek! Asekka nenker ẓarsen!

Ur akw gniγ iḍ n wass-nnaγ. Tameddit n usekka-nnes, ilsa Umaxdac timelsa n yimxezniyen, iles diγ γifsent tajellabiyt. Iffer amrig-nnes ddawas. Nek ttleγ agari i testawt-inu, lseγ γifes yan ujellabiy aqbur. Neggez γer Tinγir.

Ngula-nn. Asuk itkar diγ. Amm ku ass. Necceḍ ammas n medden amm tsaywalin. Ur da aγ-ittinniy awed yan. Agensu n yiγef-inu, γaleγ is ur izmir awed yan ad aneγ-yiẓiṛ. Tigaritin ur γiyent ad aγ-ssiγent acku tamentilt-nneγ tga tuγdimt. Idammen teskecta Fransa γef wakal usiγ- ten g ugerḍ-inu. Amm takurt n wuzzal. Tsettul. Medden gan dati amm yiselliwen. Nek ar ttekkeγ grasen amm yifiγer. Zliγ g yiswingimen- inu, ur ukiyeγ d Umaxdac allig i-inna:

– Ngula-d!

Nekcem γer asasu. Nufa-nn uday ibedda ar isawal i yan umsaγ γef watig n wulli g ugdez. Datas, γef tseggiwar, qqiman kuẓ n yigumiyen, yitsen yimxezniyen d yiserdasen iṛumiyen ar ssan. Seksuγ asasu hat ur γures γas yan yimi. Imeẓẓiy. Nniγ gri d yiγef-inu:

– Ad ten-nesγus amm yiγerdayen!

Γas iffeγ umsaγ, inniyeγ Umaxdac ibeddan, yuzen afus s ddaw tjellabiyt-nnes. Ildi-d amrig-nnes aṭumatik. Ur ssineγ amek iga allig t- id-ildey. Isares imi-nnes γef wul n ugumiy amezwaru as-d-ikan udem. Irẓem i wafa. Tenyadda tergagit amm tawda g tfekka-nnes. Annayeγ axbu iγza g udmer-nnes, idammen-nnes aγen akw aγrab d wallen-nnes ixsin dati amm tirget γef kectan waman.

Nniγ:

– Wiyha! Ur idd imki!

Inna-i:

– Wenna nn-teqqan tizi irfu …

Ldiγ-d awed nek amrig-inu.

Iwrerri. Inna i wuday, allen-nnes ḍufent kraḍ yiserdasen yaḍnin igan ammi gerden s tawda:

– Iεeqqub! Ffeγ seg usasu! Hat ur ak-riγ awed yan uγilif. Widdeγ ayed igan icenga-inu! kwenni ad ur akw ttemmectagem!

Iffeγ Iεeqqub, isal Umaxdac ibedda ammas n usasu. Wenna immectegen ineγ-t.

Γas sellan medden i udida n ugari, ddahdan. Aγulen amm tewrut n wulli ikcem wuccen. Imxezniyen illan g yimi, rulen ad nn-sslekmen aneγmis i wiyaḍ nn-isulen g teqcelt. Ffγeγ-d γer imi n usasu. Nitni, kan-i-d tidiwwa. Wenna utiγ irdel γef wudem. Ar ten-gemmreγ amm yiwtal iduyen.

Kigan n yimxezniyen ayed nγiγ. Gbiγ tidiwwa-nnsen s ugari. Ḍran amm yixencay. G tnila-nnes, Umaxdac inγa akw iserdasen illan g usasu.

Anniγ Umaxdac iffeγ-d. Irẓem i tgarit g yigenna. Tasukt tura. Tetkar s waḍu n ugari. Nka tiγwerdin i usasu. Nezdi tarula γer asif n Tdeγwt. Nameẓ abrid ammas n yigran s trula allig neṛmi. Arwa nerwi issemdez-i kigan.

Nbedda ad nesgunfu niselli i wawal n yan umxezni, inna i yimeddukkal-nnes: – Hu-ten. Llan s sin!

Nerfa, neγli asif. Ukiγ d uqraf n waman i-d-igulan ifadden d i titiwat izdin n wul-inu. Γas nekcem igran, nezdi tarula allig ngula yat tasukt ger snat tadderwin. Nuji agadir neqqim. Imxezniyen sulen da aγ- ttnadan. Sellaγ i yishuwwan n uqebḍan n Tinγir d i yimxezniyen ar t- reggmen.

Iduy Umaxdac, inna: – Matta uya?

Neẓra yan urgaz ini-d taserdunt, izdi-d tawada γer tnila-nneγ. Igula-d nilaγ iggez-d seg userdun. Irẓem tiflut n taddart mi neffer ddawas. Iseksu-d ẓarneγ, inna-aγ:

– Kwenni ayed irwin Tinγir?

Inna-as Umaxdac:

– I ma k-igan? Inna:

– Kecmat! Han imxezniyen, icekkamen d yiserdasen n Fransa aγen akw tamazirt.

Neqqima nelseγ g ugadir. Inna diγ:

– Ar mek diγ tram a kwen-amẓen, teqqimem dinnaγ. Nek ur i digun iddi ka! Nemseksiw. Nekcem. Netta ard ittekkes taγrart γef tadawt n userdun- nnes. Γas tegra-aγ teflut γer agensu n tgemmi, niselli i wawal n yimxezniyen d-ikkan tasukt.

Inna-yaγ-d:

– Ffγat γer … Issken-aγ tiflut n wurti s ufus-nnes. Nerẓem tiflut, neffeγ ẓares. Neffer deffer n snat tezdayin. Ildi-d Umaxdac amrig-nnes. Inna:

– Mek d-kecmen ad aneγ-gemren amm tsekwrin! Nniγ-as:

– Mek d-kecmen, neγli agadir n wurti!

Nsella i yiwen g yimxezniyen ar isawal.

Inna:

– Da nettnada sin yiremmaγen. Ur ten-tannid?

– Imγewwγen?

– Rwin Tinγir. Ataṣ ayed nγan!

– Ha-k teẓrid. Imekday d-aγuleγ seg tisirt. Maka γaleγ is sellaγ i ka n ummerxwec g yigran tama n wasif diddaγ g d-zriγ. Waqila nitni.

-Tarwa n yiyḍan!

Nsella i umneqqer n yiḍarren-nnsen g tsukt d i teflut n taddart allig teqqen. Inna:

– Ddaw akw medden! Imazdaren!

Inna-aγ:

– Mer akw gin yimezdaγ amm kwenni is ur iqqimi awed yan Uṛumi g tmazirt-ddeγ.

Irnu diγ imiq, inna:

– Ssurfat-i! Tameṭṭut tedda s γur bab-nnes ….

Izmummeg. Ifest. Nfest.

Issenwa-aγ-d tiglay nitenti d watay. Nečča nsew ngen.

Tifawt, ur ta d-tuliy tafuyt, nenker ur ta d-ifafa. Nufa-d g yimi n uḥanu g negna yat tissufra. Degs aγrum, tiyni, udi, taxriṭ n tmessi, atay d yan wana n yidukan.

Yusi Umaxdac tissufra nameẓ abrid γer adrar. Amdaz yaγ amm tefsut agensu n wulawen-nneγ iffuden tilelli …

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* Le même fragment a été publié sur le site de l’Association Tilelli que je remercie.